Axes de recherche du DEC

Axe 1 – Mutations socio-économiques et recompositions politiques

Bergers d’Ersal (nord Bekaa) (crédits photo : Emma Aubin-Boltanski)

La question des transitions politiques, même si elle n’est plus portée aujourd’hui par un programme structurant à l’Ifpo, reste centrale pour comprendre et analyser les mutations récentes de la région. Le DÉC participe donc à l’IRN RADEXT (Contextualizing Radicalization: the politics of violent extremism). L’un des axes de l’ANR SHAKK s’intéresse aux questions de recompositions identitaires et religieuses en Syrie depuis 2011 ainsi qu’aux différentes formes d’engagement politiques sociales et économiques des femmes réfugiées syriennes au Liban. Dans les Territoires palestiniens des recherches sont menées sur les questions d’engagement des femmes.

Dans la continuité des travaux engagés sur les mondes du travail, plusieurs recherches se sont poursuivies en 2018 sur la question du salariat et celle de la place des femmes réfugiées au Liban. Un programme CEDRE, qui associe au Liban l’Université Saint Joseph, l’École Supérieure des Affaires et l’Ifpo, ainsi que l’IREMAM en France, inscrit cette thématique dans la durée.

Outre les travaux menés sur les mutations des mondes du travail et des recompositions socio-politiques et économiques que cela entraîne, un champ de recherche s’est ouvert en Jordanie sur la manière de faire famille en exil.

Axe 2 – Villes, environnement et mutations spatiales

Camp de Mar Elias

Les recherches menées sur les villes de la région s’avèrent particulièrement interdisciplinaires et fédératrices. On les retrouve aujourd’hui tant dans les travaux menés au sein de l’ANR LAJEH sur les camps et les réfugiés en milieu urbain, que dans ceux de l’ANR SHAKK sur les villes (leur destruction et leur reconstruction) en Syrie. La recherche sur la ville s’organise autour de deux pôles : l’Observatoire urbain du Proche-Orient et le partenariat entre l’Ifpo et l’AFD.

  • Observatoire urbain du Proche-Orient (OUPO)

Les recherches menées dans le cadre de l’OUPO portent actuellement tant sur les problématiques de l’habitat, de la consommation, que des économies de la ville en passant par la question de la place croissante qu’occupent les réfugiés et les migrants dans les espaces urbains, mais encore sur les représentations de la ville. Lieux de partenariats solides – par exemple l’association institutionnelle et personnelle aux City Debates annuels (American University of Beirut) mais aussi avec différentes universités libanaises (Université Libanaise, Université Saint Joseph, Académie Libanaise des Beaux-Arts).

  • Le partenariat AFD/Ifpo : Villes et crisesLes modes d’habiter et d’accès aux services essentiels des populations vulnérables et réfugiées dans les villes au Liban et en Jordanie

Ce partenariat comprend un volet recherche qui étudie le coût social, économique et environnemental de l’afflux de réfugiés syriens pour les villes d’accueil. Les recherches seront menées par deux doctorantes financées sur 3 ans. À Beyrouth, les recherches de Rouba Wehbé  portent sur les parcours résidentiels de Syriens réfugiés au Liban, en analysant leurs modalités d’accès au logement dans leur ville d’origine en Syrie. En Jordanie, les recherches menées par Héloïse Peaucelle se concentrent sur l’accès, formel et informel, aux services de base (eau, énergie, déchets) et au logement pour les populations vulnérables, ces dernières devant par endroits cohabiter à plusieurs familles dans des logements surpeuplés. Les recherches engagées à travers ce partenariat visent ainsi à déterminer dans quelle mesure la crise syrienne a renforcé les dysfonctionnements sur les services urbains et quelles sont les stratégies d’adaptation des ménages, au regard du rôle des autres acteurs concernés ? Elles questionnent enfin le lien entre inégalités/équité d’accès aux services et cohésion sociale entre différents groupes de population, vulnérables en milieu urbain, réfugiés (Palestiniens, Irakiens et Syriens), comme travailleurs immigrés (Égyptiens et Asiatiques). Le partenariat comporte aussi une composante d’expertise dans des domaines plus larges, sui seront effectuées par des chercheurs associés au département ainsi que des universitaires libanais et jordaniens.

Axe 3 – Migrations, conflits et réfugiés

Quincaillerie ambulante dans la Bekaa 2018-03-06 (crédits photo : Emma Aubin-Boltanski)

La thématique des migrations, comme celle de la ville, si on les retrouve dans différents programmes de l’Ifpo, font l’objet de questionnements propres, soit en lien avec les économies des sociétés d’accueil, soit en lien avec les conflits qui génèrent des flux importants de réfugiés. Les migrations font l’objet de très nombreuses recherches depuis le milieu des années 1970, avec un intérêt pour l’émigration vers le pays du Golfe ou les conséquences des migrations dans les espaces d’origines. Plus récemment, des recherches se développent, sur les mutations des politiques d’accueil, sur les formes d’installation en milieu urbain ou rural, ou sur la compréhension des ressorts de la mobilité elle-même.

L’ANR SHAKK propose d’analyser les fractures provoquées par la guerre (dues aux morts, aux destructions et à l’exode massif, ainsi qu’aux positionnements différenciés des individus dans le conflit) et les tentatives de restructuration opérées en exil, dans les pays d’accueil des réfugiés au Proche-Orient (Liban, Jordanie, Turquie) et en Europe (notamment en Suède et en Allemagne). Ces travaux viennent s’articuler avec ceux de l’ANR LAJEH qui a pour objectif d’approfondir la connaissance sur les migrations forcées au Moyen-Orient, en analysant les flux actuels de réfugiés dans leur contexte historique et régional. À partir d’une approche multidisciplinaire et empirique, ce projet étudie l’implication des migrations forcées sur les pays d’accueil et la façon dont ceux-ci y répondent.

C’est dans cet axe également que s’inscrit la participation du DÉC au programme européen MAGYC – Migration Governance and Asylum Crises, qui s’intéresse à la manière dont les politiques migratoires européennes sont influencées par les crises politiques liées aux migrations. La contribution de l’Ifpo porte sur une analyse diachronique des mouvements de réfugiés au Proche-Orient, des politiques d’entrée et d’accueil mises en place par la Jordanie et le Liban, comme la production d’une histoire par le bas de la crise syrienne.

Axe 4 – Productions culturelles, archives et mémoires

pièce de théâtre (crédits photo : © Khashabi Ensemble)

Depuis 2018, la question des productions culturelles comme élément de compréhension des sociétés moyen-orientales contemporaine est de nouveau inscrite dans l’agenda de recherche du DÉC plus particulièrement autour des programmes développés dans les Territoires Palestiniens. Un premier projet porte sur l’histoire et la mémoire du théâtre palestinien, un deuxième contribue à renouveler la connaissance de la société palestinienne contemporaine, par un travail littéraire ouvrant sur l’histoire urbaine, culturelle et sociale de Jérusalem et de la Palestine.

L’ANR SHAKK s’intéresse à la production de témoignages de réfugiés syriens, particulièrement des femmes. C’est la production d’un récit par en bas de la révolution syrienne qui est ici posée. Cette démarche s’inscrit dans le champ plus large de la place des archives dans la recherche contemporaine en sciences sociales, qui fait l’objet d’un axe de l’ANR SHAKK. Il s’agit d’une thématique émergente au sein du DÉC porteuse tant de collaborations avec des institutions locales dans la région qu’avec les deux autres départements de l’Ifpo.

L’Ifpo est également partenaire du programme de recherche MisSMO « Missions chrétiennes et sociétés au Moyen-Orient : organisations, identités, patrimonialisation (XIXe-XXIe siècles) » . L’objectif de ce programme de recherche est de situer les missions au regard des évolutions culturelles et sociales qui ont traversé le Moyen-Orient, de la modernité ottomane jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit d’analyser le phénomène missionnaire à l’échelle régionale, et non plus seulement aux échelles nationale ou locale.

Axe méthodologique : Faire des sciences sociales en contexte de conflit

Il s’agit de positionner le DÉC comme plateforme pour une meilleure compréhension de l’historicité et de la pratique des SHS, telles qu’elles se sont construites et développées dans les sociétés proche-orientales. Nos travaux montrent comment les dispositifs et pratiques de la recherche en contexte de guerre ou de violences politiques ne se suspendent pas, mais contribuent fortement à (1) déspécialiser les savoirs ; (2) doublement infléchir les rapports aux savoirs : dans le sens de leur politisation, et dans le sens d’une exacerbation de la problématique de la construction des sources (guerres des savoirs et de l’information).

Dans le prolongement de travaux précédents, le séminaire méthodologique intitulé « Pratiques de terrain en contexte Moyen-Oriental » à Beyrouth a débuté en 2018. Son objectif est de mener une réflexion sur les approches et les pratiques de recherche en sciences sociales au Moyen-Orient. Il est conçu comme un espace de dialogues entre chercheurs et étudiants à différents stades de leurs cursus (master, doctorat) sur la construction de leurs objets et les méthodes mises en place.

Les différents programmes qui traitent aujourd’hui des mutations de la société syrienne en guerre, particulièrement le programme SHAKK, comme celles de la société palestinienne dans les Territoires palestiniens, viennent nourrir cette réflexion.

Une réflexion sera également menée sur l’éthique de la recherche, alors que les demandes de financeurs (comme l’Union Européenne) ou de certains partenaires académiques sont de plus en plus nombreuses. Cette question soulève aussi des enjeux fondamentaux en lien avec l’archivage des données et leur mise à disposition vers des publics larges.

Les programmes de recherche du DEC