Axes de recherche du DEAMM

Les travaux du DEAMM s’organisent autour de 4 axes, tous transversaux et structurés par des programmes de recherche collectifs.

Axe 1 : Archéologie, épigraphie et culture matérielle

Programme « Entre terre et mer » (culture matérielle)

Responsable : Valentina Vezzoli

Partenaires : Université libanaise, Università degli studi di Udine, American University of  Beirut, Deutsches Archäologisches Institut.

Le programme de Valentina Vezzoli « Entre terre et mer : culture matérielle et paysage humain à la période islamique au Liban » a débuté en septembre 2018. Il vise à reconstruire l’histoire du peuplement du Liban au cours de la période islamique en ciblant des régions significatives situées dans l’arrière-pays, les montagnes et la côte. La recherche s’appuie sur une étude archéologique de la région et sur l’analyse de la culture matérielle de l’époque islamique.

De nouvelles collaborations ont débuté en 2020, permettant d’apporter des données ultérieures sur d’autres régions du Liban: participation à la mission franco-libanaise à Tyr et aux fouilles au château de Tripoli (Université Libanaise) et de la région de Ehden (Direction Générale des Antiquités du Liban). Ces collaborations ont permis d’apporter des informations importantes sur la culture matérielle de deux villes majeures de la côte libanaise à l’époque médiévale, ainsi que sur des régions moins connues, non urbaines. Le projet peut compter désormais d’une large représentation de différents contextes chronologiques, sociaux et géographiques du Liban médiéval.

D’autres rapports d’études ont été rédigés et paraîtront bientôt dans BAAL (Bulletin d’Archéologie et Architecture Libanaises) : Central Bekaa Project (American University Beirut) et Northern Lebanon Archaeological Project (Università di Udine, Université Libanaise).

De nouvelles collaborations sont prévues pour 2021 (région de Saida : American University of Beirut). Un des objectifs de l’année 2021 est de mettre en place la rédaction d’une monographie qui présentera les résultats de cette étude.   

L’Axe 1 a également pour objectif de former les étudiants de l’Université Libanaise à l’étude des assemblages céramiques en archéologie. Deux formations ont été organisées et sont prévues de façon régulière pour les années à venir : en 2019, Formation à l’étude de la céramique en archéologie et en 2020, Formation au dessin de la céramique (ajournée).  Ces formations s’adressent aussi aux responsables de la Direction Générale des Antiquités. 

Programme d’archéologie islamique en Jordanie (1) : Jérash, le devenir d’une agglomération antique à l’époque islamique (636-1516)

Responsable : Julie Bonnéric

Ce projet vise à renouveler notre compréhension de l’une des plus importantes agglomérations de la région et sera l’occasion de proposer une synthèse sur les périodes islamiques, beaucoup moins bien connues en Jordanie que les périodes romaine et byzantine. Le site de Jérash offre un terrain diachronique exceptionnel pour comprendre, dans le contexte de l’avènement de nouveaux systèmes politiques, sociaux, culturels et religieux, les évolutions d’une cité antique et sa marginalisation progressive. Des études ponctuelles sur les occupations islamiques ont déjà été publiées, mais le cadre général reste à établir.
L’année 2021 sera consacrée au travail de publication des ateliers de teinturiers d’époque umayyade découverts dans l’hippodrome de Jérash ainsi qu’à la mise en place d’un programme de fouille qui devrait débuter en 2022.

Programme d’archéologie islamique en Jordanie (2) : étude historique et archéologique de Khirbat al-Dūsaq

Responsables : Elodie Vigouroux et René Elter, chercheurs associés.

Depuis 2015, l’Institut français du Proche-Orient est engagé dans l’étude historique et archéologique du site de Khirbat al-Dusaq, complexe d’époque ayyoubide (XIIIe siècle), bâti sur la route du hajj, dans le sud de la Jordanie actuelle. Après avoir fouillé le hammam et l’iwan, l’équipe a poursuivi ses investigations dans la partie résidentielle en 2019. Parallèlement, une campagne de restauration des parements du bain a été conduite par un tailleur de pierre.

Financée en partie par le Ministère des affaires étrangères, la missions poursuit et l’équipe espère notamment parvenir à éclairer les méthodes d’adduction et de gestion de l’eau sur ce site bâti dans une région semi-aride.

Axe 2 : Études historiques

Programme « Histoire orale et archives sonores – Lieux de mémoire en Jordanie »

Responsable : Falestin Naïli

Partenaires : Goethe Institute, Jordan University, Yarmouk University, Mutah University, Hussein Bin Talal University, National Library of Jordan, Phonothèque d’Aix-en- Provence

Dans sa 3e année, ce projet de collecte de récits d’histoire orale et de formation à la méthodologie de l’histoire orale a impliqué onze étudiants issus des quatre universités publiques de Jordanie. L’objectif de ce programme est triple : former des étudiants jordaniens à la méthodologie de l’histoire orale, créer un corpus de récits oraux à propos de l’histoire de Jordanie, et former les archivistes de la National Library au traitement et à la valorisation de ce corpus sonore.

Les récits ont été collectés dans le quartier d’Al Muhajirîn du Jabal Amman, un des plus vieux de la ville, et seront déposés dans la National Library of Jordan, avec ceux des deux années précédentes. La focale choisie pour cette année a été la valorisation de la dimension « grand public » par le biais des récits oraux, en adaptant ces récits à la manière des conteurs (hakawâtî) et en les installant sous forme de codes-barres dans le quartier où les récits ont été collectés.

La formation continue et la supervision des étudiantes ont été assurées par l’anthropologue jordanienne Lucine Taminian. Le site web dédié à ce projet (développé par le Goethe) est en cours de finalisation. Les codes barres ont été produits et seront installés dans le quartier prochainement en accord avec la municipalité d’Amman. En parallèle, un petit livret avec les récits a été produits par l’équipe du projet afin de les rendre accessibles à la génération des personnes interviewées. Plusieurs billets concernant le projet histoire orale ont été publiés sur le blog de la Phonothèque :

Réalisation d’un lexique en arabe/anglais/français sur l’histoire orale et l’archivage

https://phonotheque.hypotheses.org/32107

Exposition des archives du projet d’histoire orale à Amman 

https://phonotheque.hypotheses.org/30876

Etat des lieux du projet d’histoire orale et de la collaboration avec la phonothèque  

https://phonotheque.hypotheses.org/31837

Programme HISDEMAB

Responsable : Falestin Naïli

Le programme international de coopération HISDEMAB (Historicité de la Démocratie dans les Mondes Arabe et Musulman) a pour objectif la mise en place d’un réseau de recherche connectant 3 instituts de l’association  Leibniz en Allemagne (Le Leibniz-Zentrum Moderner Orient à Berlin –ZMO-, Le Leibniz-Institut für Europäische Geschichte à Mayence –IEG– et le Leibniz-Zentrum für Zeithistorische Forschung à Potsdam –ZZF-) et deux institutions de recherche dans le monde arabe (l’Institut français du Proche-Orient –IFPO– à Amman, en Jordanie et l’université de la Manouba à Tunis). Des chercheurs des mondes arabe et musulmans en général sont aussi appelés à participer aux activités du programme.

HISDEMAB est ainsi consacré à la question de la démocratie et aux débats autour de cette notion d’un point de vue historique et son examen au prisme du concept d’historicité. Bien que ce thème soit hautement important dans les débats contemporains, il demeure souvent l’objet d’interprétations culturalistes insistant sur une prétendue incompatibilité ontologique de la démocratie avec les sociétés et la vie politique dans la région.

Axe 3 : Pôle philosophie

Le Pôle philosophie a été créé en septembre 2019 et étend ses travaux de la période médiévale à la période contemporaine.

Programme GAIA : Galen Into Arabic. More than a translation.

Responsables : Pauline Koetschet et Guillaume de Vaulx

Partenaires : American University in Beirut, University of Vienna, Centre Jean Pépin.

Le 1er janvier 2019 a débuté le programme GAIA, coordonné par Pauline Koetschet, et dans lequel Guillaume de Vaulx d’Arcy est responsable scientifique. GAIA entend explorer les points de contact de trois courants intellectuels dans le monde arabo-islamique des IXe et Xe siècles : la tradition médicale grecque issue du corpus galénique, la philosophie islamique (falsafa), et la théologie rationnelle (kalam). Par hypothèse, le projet suppose que les débats intellectuels qui animèrent le monde arabo-islamique eurent un profond impact sur la manière dont la tradition médicale grecque fut reçue. Comme de nombreuses traductions arabes de traités de Galien, aussi bien les abrégés composés par la suite, demeurent à ce jour non édités, le projet fournira de nombreuses éditions dont le besoin se fait grandement sentir. Il s’agit d’un projet international (PRCI), qui associe l’Ifpo à l’université de Vienne ainsi qu’au centre Jean Pépin. Il est également à l’origine de plusieurs collaborations avec le centre Farouk Jabre (AUB). Ce projet bénéficie d’un financement de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et du Austrian Science Fund (FWF).

Ateliers de traduction Vocabulaire européen des philosophies

Responsable : Guillaume de Vaulx

Ce projet comporte trois volets :

ateliers de traduction autour d’une sélection d’entrées du VEP.

– travail de recherche sur des terminologies philosophiques arabes qui compléterait l’oeuvre principale.

– organisation de tables rondes et conférences grand public autour d’une sélection de termes arabes/français/anglais issus de la science politique et notamment des soulèvements. Ces rencontres entendent mener une discussion sur des termes présents dans l’actualité régionale, et s’appuyer sur cette actualité pour réfléchir aux enjeux de leur traduction.

Axe 4 : Langue, littérature et culture

Programme « Évolution et créativité lexicales en arabe contemporain »

Responsable : Salam Diab-Duranton, Ifpo-Beyrouth

Ce programme, qui a débuté en 2018, a pour objectifs de fournir une étude linguistique approfondie des pratiques langagières de l’arabe contemporain, ainsi que leur évolution à l’heure du numérique et des mouvements de protestation qui secouent le monde arabe depuis 2011. Il a fédéré plusieurs institutions académiques françaises et étrangères (CEFAS, CNRS, Ifpo, Maison des sciences de l’homme, Université Grenoble Alpes, Université libanaise, École supérieure des affaires, Lebanese American University, Université de Qatar, Université de Montpellier). Il se focalise sur deux opérations de recherche.

  1. La voix de l’émeute :

Les situations d’urgence et de violence que vivent les sociétés arabes semblent être le terreau fertile d’une dynamique langagière touchant tous les registres de l’arabe (politique et commun, standard et dialectal, profane ou religieux). Face à ces changements radicaux, l’arabe fait preuve non seulement d’adaptation continue et se régule en fonction de réalités, elles-mêmes changeantes, mais de plus une Nahda linguistique semble être en voie de gestation. Sont autant témoins les discours et interviews politiques, les slogans, les tracts, les chants, les caricatures, mais aussi les réseaux sociaux, les vidéos, les graffitis, le street-art, les bandes dessinées, etc.

Il s’agit donc d’étudier cette créativité lexicale à l’œuvre à travers l’analyse des multiples néologismes (de forme et de sens, populaire et savant) et innovations lexicales que connaît l’arabe d’aujourd’hui.

Ce projet est concrétisé par trois manifestations scientifiques : deux séminaires mensuels et un colloque international.

Le premier séminaire est intitulé « Révolutions linguistique et sociale au Liban et dans le monde arabe : une seconde Nahda ? ». Il débute le vendredi 18 décembre 2020 et se termine le 30 juin 2021. Il a lieu le dernier mercredi de chaque mois.

La transdisciplinarité des approches devrait permettre d’esquisser une idée globale de l’évolution de la langue arabe dans tous les domaines.

Un second séminaire axé sur les dialectes dans les discours politiques au Liban est en cours de préparation.

Le colloque international, « Discours de colère dans le monde arabe depuis 2011 » sera tenu à l’automne 2021. Le colloque entend questionner les modes d’expression de la colère populaire (tracts, graffitis, slogans, poèmes, hymnes, vidéos, etc.) ; ses aspects rhétoriques (modes de persuasion, de manipulation, de mobilisation, traits stylistiques, etc.) ; les innovations et créativités linguistiques, individuelles comme collectives, telles que les nouvelles lexies et expressions, les proverbes et hymnes détournés et/ou réappropriés, etc.

  1. Le lexique de Makki:

Il s’agit d’un projet de publication d’une compilation lexicale portant sur le dialecte libanais, à partir d’une recension empirique faite par un ingénieur libanais à la fin des années 1990. Une vaste documentation lexicale (2300 pages dactylographiées) issue du dialecte libanais et tirée de sources indifférenciées.  L’ambition de l’auteur était de cristalliser un état de langue couvrant le parler au quotidien et de le transmettre non seulement aux Libanais de l’intérieur et à ceux de la diaspora, mais aussi aux chercheurs arabisants. D’où son souci de traduire chaque entrée lexicale en arabe standard et en français. Ce corpus de nature empirique ne peut toutefois pas être édité en l’état. En effet, l’auteur n’était pas linguiste et ne possédait pas la méthodologie inhérente à ce travail de publication. Nombre de termes présents dans la compilation lexicale sont tombés en désuétude dans le langage courant ou dans celui de la génération actuelle, l’acception d’autres termes a évolué au fil du temps et s’est modifiée, certains sens donnés sont incomplets. Un travail de terrain est en cours pour actualiser ses données lexicales.

Programme « Édition critique de Sīrat al-Malik al-Ẓāhir Baybarṣ »

Responsables : Georges Bohas et Iyas Hassan, chercheurs associés.

Partenaires : ICAR UMR 5191 ; LARHRA – UMR 5190 ; IREMAM UMR-7310.

En 2020, le projet LiPoL (Littératures Populaires du Levant. Archiver, analyser et conter le Roman de Baybars au XXIe siècle), financé par l’ANR, a démarré. LiPoL permet la structuration d’un nouveau réseau de recherche autour des littératures populaires arabes, regroupant trois UMR et un IFRE. Ce projet donne un nouveau souffle au projet Baybars, né en 2000 autour de l’édition critique de la Sīrat al-Malik al-Ẓāhir Baybarṣ. C’est le plus long et le plus ancien programme en place au DEAMM (http://icar.cnrs.fr/recherche/cedilles/cedilles-llma/). Cette édition s’appuie sur trois séries de cahiers manuscrits (60 000 folios au total), ayant servi à des ḥakawātī-s qui contaient cette geste dans les cafés de Damas entre la fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle. Dix-sept volumes sont déjà parus aux Presses de l’Ifpo.

Programme « Dictionnaire d’arabe dialectal de Damas »

Responsables: Jérôme Lentin et Claude Salamé, chercheurs associés.

Le DEAMM soutient, depuis 2010, le projet de constitution d’un dictionnaire d’arabe dialectal damascène en ligne (archives ouvertes HAL-SHS, https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00504180/fr/ ).