Département des études contemporaines

Le Département des études contemporaines (DÉC), regroupe des chercheurs en sciences humaines et sociales (SHS). L’équipe est composée de 4 chercheurs MAEDI, 1 chercheur CNRS, 6 doctorants boursiers (AMI et INSHS) et des chercheurs et doctorants associés. Ses activités sont organisées autour de programmes collectifs bénéficiant du soutien de financements français, européens et proche-orientaux. Ses travaux combinent un triple objectif : le développement d’une recherche d’excellence et en partenariat avec des centres de recherches étrangers et locaux, la formation de spécialistes du Proche-Orient aux SHS et la fécondation de la recherche appliquée par de la recherche fondamentale afin de répondre à une demande d’expertise importante sur les dynamiques contemporaines de ces sociétés. Le Département est également doté d’un Observatoire urbain du Proche-Orient, dont le champ d’expertise s’étend à l’ensemble de la région et dispose d’une collection trilingue aux Presses de l’Ifpo. Plusieurs cycles de séminaires se déroulent dans les différentes antennes.

Au cours de la dernière décennie, le DÉC a développé ses activités en Irak et dans les Territoires palestiniens, tout en renouvelant ses recherches en Jordanie et au Liban où sa présence est plus ancrée. Par ailleurs, plusieurs programmes poursuivent leur réflexion sur les SHS en situation de conflits, illustrant la volonté des chercheurs du Département à travailler sur la Syrie, malgré la suspension de la présence de l’Ifpo depuis 2011.

Les activités scientifiques qui ont été mises en place en 2018 ont permis de redéfinir en partie les axes de recherche du département autour de 4 axes structurants et d’un axe transversal. Le colloque intitulé La construction de savoirs partagés. Comment faire de la recherche en sciences sociales au Proche-Orient, qui a marqué les 40 ans de la création du CERMOC en 1977, a également permis de discuter les enjeux actuels de la production de recherches en sciences sociales dans la région dans une perspective historique.

Axes de recherches

Axe 1 – Mutations socio-économiques et recompositions politiques

Bergers d’Ersal (nord Bekaa) (crédits photo : Emma Aubin-Boltanski)

La question des transitions politiques, même si elle n’est plus portée aujourd’hui par un programme structurant à l’Ifpo, reste centrale pour comprendre et analyser les mutations récentes de la région. Le DÉC participe donc à l’IRN RADEXT (Contextualizing Radicalization: the politics of violent extremism). L’un des axes de l’ANR SHAKK s’intéresse aux questions de recompositions identitaires et religieuses en Syrie depuis 2011 ainsi qu’aux différentes formes d’engagement politiques sociales et économiques des femmes réfugiées syriennes au Liban. Dans les Territoires palestiniens des recherches sont menées sur les questions d’engagement des femmes.

Dans la continuité des travaux engagés sur les mondes du travail, plusieurs recherches se sont poursuivies en 2018 sur la question du salariat et celle de la place des femmes réfugiées au Liban. Un programme CEDRE, qui associe au Liban l’Université Saint Joseph, l’École Supérieure des Affaires et l’Ifpo, ainsi que l’IREMAM en France, inscrit cette thématique dans la durée.

Outre les travaux menés sur les mutations des mondes du travail et des recompositions socio-politiques et économiques que cela entraîne, un champ de recherche s’est ouvert en Jordanie sur la manière de faire famille en exil.

 

Axe 2 – Villes, environnement et mutations spatiales

Camp de Mar Elias

Les recherches menées sur les villes de la région s’avèrent particulièrement interdisciplinaires et fédératrices. On les retrouve aujourd’hui tant dans les travaux menés au sein de l’ANR LAJEH sur les camps et les réfugiés en milieu urbain, que dans ceux de l’ANR SHAKK sur les villes (leur destruction et leur reconstruction) en Syrie. La recherche sur la ville s’organise autour de deux pôles : l’Observatoire urbain du Proche-Orient et le partenariat entre l’Ifpo et l’AFD.

  • Observatoire urbain du Proche-Orient (OUPO)

Les recherches menées dans le cadre de l’OUPO portent actuellement tant sur les problématiques de l’habitat, de la consommation, que des économies de la ville en passant par la question de la place croissante qu’occupent les réfugiés et les migrants dans les espaces urbains, mais encore sur les représentations de la ville. Lieux de partenariats solides – par exemple l’association institutionnelle et personnelle aux City Debates annuels (American University of Beirut) mais aussi avec différentes universités libanaises (Université Libanaise, Université Saint Joseph, Académie Libanaise des Beaux-Arts).

  • Le partenariat AFD/Ifpo : Villes et crisesLes modes d’habiter et d’accès aux services essentiels des populations vulnérables et réfugiées dans les villes au Liban et en Jordanie

Ce partenariat comprend un volet recherche qui étudie le coût social, économique et environnemental de l’afflux de réfugiés syriens pour les villes d’accueil. Les recherches seront menées par deux doctorantes financées sur 3 ans. À Beyrouth, les recherches de Rouba Wehbé  portent sur les parcours résidentiels de Syriens réfugiés au Liban, en analysant leurs modalités d’accès au logement dans leur ville d’origine en Syrie. En Jordanie, les recherches menées par Héloïse Peaucelle se concentrent sur l’accès, formel et informel, aux services de base (eau, énergie, déchets) et au logement pour les populations vulnérables, ces dernières devant par endroits cohabiter à plusieurs familles dans des logements surpeuplés. Les recherches engagées à travers ce partenariat visent ainsi à déterminer dans quelle mesure la crise syrienne a renforcé les dysfonctionnements sur les services urbains et quelles sont les stratégies d’adaptation des ménages, au regard du rôle des autres acteurs concernés ? Elles questionnent enfin le lien entre inégalités/équité d’accès aux services et cohésion sociale entre différents groupes de population, vulnérables en milieu urbain, réfugiés (Palestiniens, Irakiens et Syriens), comme travailleurs immigrés (Égyptiens et Asiatiques). Le partenariat comporte aussi une composante d’expertise dans des domaines plus larges, sui seront effectuées par des chercheurs associés au département ainsi que des universitaires libanais et jordaniens.

 

Axe 3 – Migrations, conflits et réfugiés

Quincaillerie ambulante dans la Bekaa 2018-03-06 (crédits photo : Emma Aubin-Boltanski)

La thématique des migrations, comme celle de la ville, si on les retrouve dans différents programmes de l’Ifpo, font l’objet de questionnements propres, soit en lien avec les économies des sociétés d’accueil, soit en lien avec les conflits qui génèrent des flux importants de réfugiés. Les migrations font l’objet de très nombreuses recherches depuis le milieu des années 1970, avec un intérêt pour l’émigration vers le pays du Golfe ou les conséquences des migrations dans les espaces d’origines. Plus récemment, des recherches se développent, sur les mutations des politiques d’accueil, sur les formes d’installation en milieu urbain ou rural, ou sur la compréhension des ressorts de la mobilité elle-même.

L’ANR SHAKK propose d’analyser les fractures provoquées par la guerre (dues aux morts, aux destructions et à l’exode massif, ainsi qu’aux positionnements différenciés des individus dans le conflit) et les tentatives de restructuration opérées en exil, dans les pays d’accueil des réfugiés au Proche-Orient (Liban, Jordanie, Turquie) et en Europe (notamment en Suède et en Allemagne). Ces travaux viennent s’articuler avec ceux de l’ANR LAJEH qui a pour objectif d’approfondir la connaissance sur les migrations forcées au Moyen-Orient, en analysant les flux actuels de réfugiés dans leur contexte historique et régional. À partir d’une approche multidisciplinaire et empirique, ce projet étudie l’implication des migrations forcées sur les pays d’accueil et la façon dont ceux-ci y répondent.

C’est dans cet axe également que s’inscrit la participation du DÉC au programme européen MAGYC – Migration Governance and Asylum Crises, qui s’intéresse à la manière dont les politiques migratoires européennes sont influencées par les crises politiques liées aux migrations. La contribution de l’Ifpo porte sur une analyse diachronique des mouvements de réfugiés au Proche-Orient, des politiques d’entrée et d’accueil mises en place par la Jordanie et le Liban, comme la production d’une histoire par le bas de la crise syrienne.

Axe 4 – Productions culturelles, archives et mémoires

pièce de théâtre (crédits photo : © Khashabi Ensemble)

Depuis 2018, la question des productions culturelles comme élément de compréhension des sociétés moyen-orientales contemporaine est de nouveau inscrite dans l’agenda de recherche du DÉC plus particulièrement autour des programmes développés dans les Territoires Palestiniens. Un premier projet porte sur l’histoire et la mémoire du théâtre palestinien, un deuxième contribue à renouveler la connaissance de la société palestinienne contemporaine, par un travail littéraire ouvrant sur l’histoire urbaine, culturelle et sociale de Jérusalem et de la Palestine.

L’ANR SHAKK s’intéresse à la production de témoignages de réfugiés syriens, particulièrement des femmes. C’est la production d’un récit par en bas de la révolution syrienne qui est ici posée. Cette démarche s’inscrit dans le champ plus large de la place des archives dans la recherche contemporaine en sciences sociales, qui fait l’objet d’un axe de l’ANR SHAKK. Il s’agit d’une thématique émergente au sein du DÉC porteuse tant de collaborations avec des institutions locales dans la région qu’avec les deux autres départements de l’Ifpo.

L’Ifpo est également partenaire du programme de recherche MisSMO « Missions chrétiennes et sociétés au Moyen-Orient : organisations, identités, patrimonialisation (XIXe-XXIe siècles) » . L’objectif de ce programme de recherche est de situer les missions au regard des évolutions culturelles et sociales qui ont traversé le Moyen-Orient, de la modernité ottomane jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit d’analyser le phénomène missionnaire à l’échelle régionale, et non plus seulement aux échelles nationale ou locale.

Axe méthodologique : Faire des sciences sociales en contexte de conflit

Il s’agit de positionner le DÉC comme plateforme pour une meilleure compréhension de l’historicité et de la pratique des SHS, telles qu’elles se sont construites et développées dans les sociétés proche-orientales. Nos travaux montrent comment les dispositifs et pratiques de la recherche en contexte de guerre ou de violences politiques ne se suspendent pas, mais contribuent fortement à (1) déspécialiser les savoirs ; (2) doublement infléchir les rapports aux savoirs : dans le sens de leur politisation, et dans le sens d’une exacerbation de la problématique de la construction des sources (guerres des savoirs et de l’information).

Dans le prolongement de travaux précédents, le séminaire méthodologique intitulé « Pratiques de terrain en contexte Moyen-Oriental » à Beyrouth a débuté en 2018. Son objectif est de mener une réflexion sur les approches et les pratiques de recherche en sciences sociales au Moyen-Orient. Il est conçu comme un espace de dialogues entre chercheurs et étudiants à différents stades de leurs cursus (master, doctorat) sur la construction de leurs objets et les méthodes mises en place.

Les différents programmes qui traitent aujourd’hui des mutations de la société syrienne en guerre, particulièrement le programme SHAKK, comme celles de la société palestinienne dans les Territoires palestiniens, viennent nourrir cette réflexion.

Une réflexion sera également menée sur l’éthique de la recherche, alors que les demandes de financeurs (comme l’Union Européenne) ou de certains partenaires académiques sont de plus en plus nombreuses. Cette question soulève aussi des enjeux fondamentaux en lien avec l’archivage des données et leur mise à disposition vers des publics larges.

 

Programmes de recherche

Actuellement, le DÉC coordonne ou est partenaire de plusieurs programmes de recherche :

LAJEH (2015-2019) : Conflits et migrations. Réflexions sur les catégories et la généalogie des migrations au Moyen-Orient – Programme de recherche financé par l’ANR (Coord. Kamel Doraï)

SHAKK (2018 – 2020) : De la révolte à la guerre en Syrie: Conflits, déplacements, incertitudes – Programme de recherche financé par l’ANR (Coord. Emma Aubin-Boltanski)

MisSMO (2017-2022) : Missions chrétiennes et sociétés au Moyen-Orient) : organisations, identités, patrimonialisation (XIXe-XXIe siècles) – Programme de recherche EFR, IFAO (Coord. Norig Neveu)

– IRN CIRCOMO (2018-2022) Circulations et Consommations au Moyen-Orient. Religieux en transition, urbanités ‘ genrées ‘ et économie métropolitaines connectées – Programme de recherche CNRS Ifpo, porteur IDEMEC (Coord. Thierry Boissière)

– IRN RADEXT (2019-2022) Contextualizing Radicalization – The Politics of Violent Extremism – Programme de recherche CNRS Ifpo, porteur CERI (Coord. Nicolas Dot-Pouillard)

MAGYC (2018-2022) Migration Governance and Asylum Crises, – Programme de recherche financé par H2020, porteur Observatoire HUGO, Univ. de Liège, (coord. Kamel Doraï)

–  Villes et crises (2018-2021) Les modes d’habiter et d’accès aux services essentiels des populations vulnérables et réfugiées dans les villes au Liban et en Jordanie – Partenariat IFPO/AFD (Initiative Sawa)

 

Séminaires de recherche

Séminaire SHAKK, « La révolte et la guerre en Syrie dans une perspective comparée »

Séminaire « Pratiques de terrain en contexte Moyen-Oriental»

 

Les Carnets de l’Ifpo (DÉC)

Les Carnets de l’Ifpo (plateforme Hypotheses.org) demeurent également un support d’édition du DÉC, abritant des billets thématiques. Parmi les derniers publiés :

Programmes de recherches clos

Patrimoines en guerre autour de la Méditerranée (2015-2017)

Power 2 Youth (2014-2017)

Les devenirs du syndicalisme au Liban L’expérience du comité de coordination syndicale (2014-2016)

L’anthropologie du pétrole : transformations sociales et trajectoires des États (2013-2014)

When Authoritarianism Fails in the Arab World (WAFAW) (2013-2017)

Palestine en réseaux  (2012-2014)

Transitions démographiques dans le monde arabe (2012-2014)

Travailleurs étrangers au Liban : situations, réglementations, sociabilités (2012-2014)

Formation, nouveaux métiers et stratégies professionnelles au Liban et au Proche-Orient (2011-2013)

Réforme du secteur judiciaire, justice transitionnelle et logiques transnationales (2011-2015)

Frontières et circulations au Moyen-Orient. Dynamiques des espaces frontaliers et des circulations transfrontalières (2010-2014)

Les cartes du Nord de l’Irak (2010-2015)

Quel État pour quelle(s) citoyenneté(s) ? Séminaire de recherche au Liban (2010-2015)

Villes, territoires, mémoires : la patrimonialisation urbaine au Proche-Orient (2010-2015)

Des migrants dans la ville (métropoles moyen-orientales) (2010-2014)

Femmes et politique au Liban : un « état » d’exclusion ? (2010-2015)

Traduire les sciences humaines et sociales au Proche-Orient (2009-2015)

 

Séminaires clos

Séminaire de recherche du programme Lajeh (2016 – 2019)

Aux marges du salariat ? Travailler et contester au Liban : du travail migrant à la grande distribution (2018)

Migrations forcées et construction nationale en Jordanie. Séminaire de recherche en Jordanie (2014-2016)

« Les sciences sociales au Proche-Orient à l’épreuve de leurs sources » École d’été (7 au 11 juillet 2014)

Palestine Studies Group. Séminaire de recherche en Palestine (2013-2016)