Territoires : exploitation et contrôle

Histoire des dynamiques de peuplement Nord-Mésopotamien du Paléolithique à nos jours : la carte archéologique du gouvernorat de Soulaimaniah (Kurdistan d’Irak)

Fig.1 : Les terrasses bordant le Zab Inférieur dans la plaine de Peshdar

Les terrasses bordant le Zab Inférieur dans la plaine de Peshdar

Responsable : J. Giraud

  • Participants Ifpo : F. Alpi, C. Verdellet, B. James
  • Autres participants : S. Bonilauri, J.-J. Herr, R. Palermo, J. Baldi, K. Novacek, M. Thévenin, V. De Casteja, C. Caze, D. Arhan, M. Mura, M.-A. Pot, R. al Debs, A. Ameen, S. Saber, K. Raeuf, N. Ameen, A. Khawshnaw.
  • Partenaires institutionnels : Département pour les Antiquités et le patrimoine de Bagdad (Irak) ; Antiquités générales du Gouvernorat de Soulaimaniah (Kurdistan d’Irak), Ministère des Affaires étrangères et européennes (MAEE), CNRS UMR 7041, ARSCAN-VEPMO.
  • Financements et subventions (hors Ifpo) : SCAC de Bagdad; Antiquités générales du Gouvernorat de Sulaimanyah (Kurdistan d’Irak), Ministère des Affaires étrangères et européennes (MAEE),

Actuellement, les recherches sur l’histoire des dynamiques de peuplement au nord de l’Irak sont limitées par des lacunes chronologiques mais aussi spatiales. La réouverture de la région du Kurdistan d’Irak aux recherches archéologiques depuis 3 ans est une magnifique occasion pour obtenir de nouvelles données qui permettront d’aborder une histoire du peuplement dans le nord-est du croissant fertile.

C’est ce que nous proposons d’étudier à travers ce programme multidisciplinaire dont l’objectif principal est une recherche régionale diachronique pour restituer l’histoire du peuplement afin de comprendre les modèles d’organisation territoriale et leurs évolutions sur la très longue durée, du Paléolithique à la période moderne.

Pour répondre à cet ambitieux projet, nous avons débuté, en juin 2012, en partenariat avec la Direction des Antiquités de Soulaimaniah, la carte archéologique du gouvernorat de Soulaimaniah. Ce dernier est le gouvernorat situé dans la partie la plus orientale de la région du Kurdistan d’Irak, entre les piémonts du Zagros et les vastes steppes désertiques de l’Irak.

Ce travail d’inventaire des sites archéologiques s’effectue à partir de prospections systématiques dans un premier temps, puis de possible fouilles et sondages sur les sites que nous estimons les plus significatifs et/ou les plus propices pour répondre à ces questions. La base de données des sites reliée à un système d’informations géographique permettra de disposer d’une carte interactive comportant l’ensemble des informations. Celle-ci pourra être mise en ligne à l’issue du programme, et continuer à être alimentée par les services archéologiques.
Ce programme est en partenariat avec la direction des Antiquités de Soulaimaniah. Le travail de formations des équipes de Soulaimaniah est prépondérante dans le projet : prospections systématiques, utilisation des GPS, conception d’une base de données, mise en place d’un SIG afin que le service devienne autonome dans la gestion future de la carte archéologique.
Cette carte archéologique correspond à l’outil principal pour aborder toutes les questions historiques spécifiques à chaque grande période.

Actuellement, nous avons commencé les prospections dans les districts de Rania, Peshdar et Dukan, sur une superficie de 2000 km² (Fig. 2).

Carte archéologique des districts de Rania, Peshdar et le sous-district de Bngrd : 171 sites localisés.

Carte archéologique des districts de Rania, Peshdar et le sous-district de Bngrd : 171 sites localisés.

Trois missions préparatoires – 2012

En 2012, trois courtes missions ont été effectuées dans la région la plus occidentale du gouvernorat, le district de Rania, pour tester la faisabilité du programme et mettre en place une méthodologie de prospection et d’étude adaptée à la région

En effet, cette dernière, très vaste et constituée d’environnements très multiples, où la présence de sites très variés (grottes, tells, site mono-période) pose des challenges méthodologiques pour une prospection exhaustive efficace. Ces premières missions ont permis la mise en place de la carte archéologique, via un SIG. 30 sites ont été repérés, localisés et ont fait l’objet d’une collecte des artéfacts. La méthodologie en place a permis une efficacité accrue sur le terrain lors des missions suivantes.

Mission de printemps et d’Automne – 2013

Les deux missions de 2013 ont vu s’étoffer la carte archéologique (Fig. 1). 171 sites archéologiques ont été localisés et collectés sur la région. La méthodologie appliquée à la prospection se divise en 2 étapes. La première consiste à repérer les sites anciens déjà connus par les archives, notamment par l’Atlas Irakien des années 50-60, et par les interviews avec les villageois des régions parcourues (Fig. 3). La seconde étape est l’utilisation des images satellites Corona des années 60 (Fig. 4) pour repérer des sites difficilement repérables dans une région vaste et aux environnements très différents.

La première estimation des images corona montrerait une région riche de plus de 400 sites. Cette méthode testée en Automne a permis de tripler la vitesse de prospections dans des zones de plaines où personne n’avaient eu connaissance de sites archéologiques. Nous avons découverts surtout des petits sites qui nous permettent une compréhension accrue des dynamiques territoriales de la région.
L’étude du matériel collecté sur les sites déjà repérés est en cours, parallèlement au travail de terrain.

Utilisation des images Corona pour la recherche de sites archéologiques

Mission de printemps – 2014

Cette mission s’est tenue en partie sur le terrain et en partie en laboratoire.
Sur le terrain, une étude de géomorphologie dynamique a été commencée pour établir les grandes étapes de constitution de ce paysage complexe constitué de deux immenses plaines, de collines et de montagnes.
En laboratoire, l’étude des artefacts notamment des céramiques a été poursuivie afin de dater les sites archéologiques et d’établir une typologie céramique de la région.

Conclusion

Actuellement les sites déjà étudiés nous permettent d’esquisser en quelques traits une histoire du peuplement de la région et reposer les problématiques inhérentes à chaque période. Il est intéressant de noter que la région abordée montrent aux niveaux des assemblages céramiques des influences culturelles diverses (du sud de l’Irak, de la Turquie et de l’Iran) tout en conservant un fort accent vraiment local.
Ce projet s’inscrit dans une réflexion plus globale sur la question des relations « espace et sociétés » dans cette aire nord-mésopotamienne. L’apport de l’archéologie environnementale et de l’archéologie du paysage, permettra d’appréhender le processus de territorialisation qui a lieu pour chaque période et pour chaque culture dans cette grande région de contacts culturels.


Entre la Syrie et l’Irak : géographie historique des régions de l’Euphrate et du Tigre

Responsable J. Gaborit

  • Participants Ifpo :  E. Devaux, F. Alpi, J. Giraud
  • Participant hors Ifpo : Ch. Benech (Maison et l’Orient et de la Méditerranée)
  • Partenaires institutionnels : Département pour les Antiquités et le patrimoine de Bagdad (Irak) ; Antiquités générales du Gouvernorat de Sulaymanyah (Kurdistan d’Irak) ; Direction générale des Musées et des Antiquités de Syrie
  • Financements et subventions (hors Ifpo) : SCAC de Bagdad ; Département pour les Antiquités et le patrimoine de Bagdad (Irak) ; Antiquités générales du Gouvernorat de Sulaymanyah (Kurdistan d’Irak).

Le renouveau des études de géographie historique au Proche-Orient, traditionnellement attachées à l’identification des toponymes anciens, couvre aujourd’hui toutes les thématiques sur l’organisation spatiale de territoires antiques (localisation des limites administratives, répartition et quantification des sites ruraux autour d’un centre urbain, aire de diffusion des productions ou encore restitution d’itinéraires). C’est une démarche pluridisciplinaire où les études environnementales et archéologiques ont trouvé leur place aux côtés de la philologie et de l’exégèse littéraire. L’objectif est, en confrontant tous ces types d’informations, de restituer les modes d’occupations et d’exploitations de l’espace par les communautés humaines en lien avec le contexte politique, d’une part, et le contexte environnemental, d’autre part. De telles études se sont multipliées sur la façade méditerranéenne et en Syrie, par exemple, sur le Massif calcaire, dans le Hauran, dans la steppe syrienne et sur le Moyen-Euphrate turc et syrien : elles soulignent l’histoire de l’occupation d’un territoire donné sur une séquence chronologique longue, qui seule permet de pointer les changements démographiques, économiques et politiques. Le travail qui sera développé sur les régions de l’Euphrate et du Tigre est essentiel au réexamen des problématiques historiques anciennes, telles que la chronologie des fondations hellénistiques, la question des frontières et la navigation fluviale. Les régions du Tigre et de l’Euphrate correspondent à l’ensemble traversé par le vaste réseau hydrographique des deux fleuves et de leurs affluents, c’est-à-dire la région-clé des échanges à longue distance de la Méditerranée aux plateaux iraniens, de l’Anatolie au Golfe arabo-persique. C’est une mosaïque de territoires unis dans l’empire séleucide (305-120) puis âprement disputées, à partir du milieu du IIe s. av. J.-C., entre Romains et Parthes-Sassanides, mais qui se définissent moins par leur appartenance politique que par leurs identités culturelles propres.

Le programme qui sera mené dans la continuité des études de géographie historique réalisées par J. Gaborit à l’Ifpo depuis 2008 s’organisent autour 1) d’un essai de synthèse analytique et cartographique sur le réseau de communication terrestre et fluvial et son évolution, et 2) d’études inédites sur les modèles d’occupation des terroirs de Cyrrhestique (Euphrate, Est d’Alep) et d’Adiabène (Est du Tigre, Kurdistan de l’Irak). Si le creuset culturel des régions du Tigre et de l’Euphrate est bien identifié, nos connaissances sur les modes d’occupation (densité, répartitions spatiale et chronologique) souffrent d’un grave déséquilibre, puisque l’état de nos connaissances sur les sites hellénistiques, partho-romains et sassanides-byzantins en Turquie de l’Est et en Irak est tributaire d’investigations menées il y a plus de vingt ans.

Il y a donc urgence à commencer, pour les périodes étudiées, un inventaire archéologique, d’autant plus que certaines régions sont encore peu urbanisées. L’inventaire et la périodisation des sites, par le biais de prospections systématiques, permettront de déterminer les structures sociales et économiques de ces régions et de mieux comprendre l’émergence, entre le IIIe s. et le VIIe s., des communautés de culture chrétienne, connues avant tout par les textes et la tradition encore active des églises orientales. La géographie des régions du Tigre et de l’Euphrate antiques est, dans ce sens, une contribution à la connaissance du Proche-Orient d’aujourd’hui. 


 

Le contrôle du territoire du comté  de Tripoli aux XIIe – XIIIe siècles

Responsable A. Chaaya

  • Partenaires institutionnels : Direction générale des Antiquités et des Musées du Liban
  • Description : Le territoire du comté de Tripoli est assez exigu. Il s’étend entre la mer méditerranée à l’ouest au Mont-Liban à l’est ; le plus haut sommet, situé dans la partie nord, atteint à 3080 mètres d’altitude. Entre les montagnes et la côte, une étroite plaine côtière est coupée par des vallées où coulent des fleuves et des cours d’eau saisonniers. Le massif du Mont-Liban assurait à ce territoire une frontière naturelle contre les incursions des Émirats et des puissances arabes de l’intérieur du continent.

Ce relief accidenté rendit difficile le contrôle de ce territoire pour les Francs. Afin de pallier ces contraintes géographiques, des sites fortifiés ont été installés sur des positions stratégiques pour dominer le paysage et rendre tout déplacement détectable sur l’ensemble du territoire.

Projet : réaliser une étude systématique des sites fortifiés du Mont-Liban.

Archéologie du bâti : L’étude est fondée sur l’archéologie du bâti. Il s’agit d’une analyse détaillée des différentes façades, et leurs connexions avec les tours ainsi que les diverses reprises observées dans les différents ouvrages. La compréhension de l’évolution de la construction de chaque monument ou site facilite leur datation et la reconstitution de leurs différents états.

Inventaire : Entre les villes fortifiées de la côte et les grandes forteresses de l’intérieur et de haute montagne qui délimitaient le territoire du comté de Tripoli, une série d’ouvrages secondaires était disséminée dans le paysage accidenté du comté. Ces sites secondaires assuraient la liaison, le contact et le relais entre les différents grands centres. Un inventaire systématique de ces sites s’impose avec la création d’une typologie.

Poliorcétique : Les méthodes appliquées par les assaillants ont poussé les défenseurs à perfectionner l’art du flanquement, à renforcer la protection des postes de combat, à se ménager de plus amples emplacements de tir à l’intérieur des tours et sur toute la hauteur des courtines et à fortifier les portes et les entrées. Ainsi, il y a lieu d’identifier la stratégie mise en place pour s’adapter aux besoins logistiques et conditions réelles du terrain afin de maintenir la possession de leur territoire.

Géographie historique : La répartition des sites fortifiés témoigne d’un découpage du territoire et d’une organisation des sites fortifiés qui permet une communication continue entre eux et le contrôle du territoire. Le découpage du territoire est réalisé aussi à l’aide de l’organisation féodale et des legs faits aux Ordres militaires. De même, l’influence des communautés religieuses et des Églises orientales permettaient d’avoir un contrôle assez efficace de certaines régions exiguës intérieures ou frontalières.


 

Dynamiques d’occupation rurale le long de la voie romaine de Jérusalem à Neapolis du IVe s. ap. J.-C. jusqu’au début du VIIe s. ap. J.-C.

Responsable : M. Thuillier

Cette étude permettra de mesurer l’évolution spatiale et chronologique de ces villages: construction, développement, abandon et d’en déterminer les causes. Notre regard se portera également sur la relation qui existe entre ces villages et la voie romaine, en nous demandant notamment si cette voie induit un modèle de dynamique rurale spécifique. Il sera donc porté une attention toute particulière à l’importance de la voie dans la compréhension de l’organisation et des dynamiques d’occupation de la région, mais également de son économie et de ses échanges. L’un des principal objectif est donc de fournir une carte dynamique complète et précise de l’occupation rurale entre Jérusalem et Naplouse, et de définir avec justesse les liens d’influence entre ces villages et la voie romaine.