Droit musulman médiéval
Statut Bourse d’aide à la recherche MAEE de septembre 2008 à décembre 2010
Doctorante associée depuis 2011.
Département Études arabes, médiévales et modernes
Site Damas Abou Roumaneh
La fin de l’époque médiévale en Égypte présente un arrière-plan favorable à l’étude que nous nous proposons de mener. Cette époque se caractérise par le passage de la période des Mameloukes à celle des Ottomans, par un changement du cadre législatif et institutionnel, par des débats virulents entre fuqahā et soufis et par « une extériorisation du soufisme ». À ceci, se joint la spécificité du milieu des ‘ulamā à cette époque et en ce lieu, différemment mise en relief par plusieurs auteurs. Dans le domaine qui nous intéresse, à savoir le fiqh (jurisprudence islamique), trois figures ont retenu notre attention : Jalāl al-Dīn al-Suyūtī (m.1505), Zakariyyā’ al-Ansārī (m.1520) et `Abd-al-Wahhāb Ahmad al-Sha`rānī (m.1565). Des particularités qu’ils affichent et qu’ils ont en commun, deux intéressent notre propos : le caractère innovant de leur pensée juridique et, particulièrement, la référence au hadīth ; ainsi que l’interférence entre le fiqh et le tasawwuf, que l’on constate dans leur œuvre et dans les biographies que leur consacrent leurs contemporains.
Un certain renouvellement de la pensée juridique chez ces auteurs se manifeste à travers leur vision de l’ijtihād et, partant, des écoles juridiques ; et dans le fait que le soufisme intervient dans leur raisonnement juridique. Aussi, au-delà d’une analyse de leur méthode juridique en soi, il convient de relever l’importance de l’aspect ésotérique de la Loi. Le tasawwuf détermine certainement leur conception du droit et joue un rôle à part entière dans leur réflexion en tant que juristes.
Jusqu’ici, leur conception du droit n’a été abordée que de manière partielle. Il s’agit de constituer une vue d’ensemble de leur méthode, d’en retirer les grands principes juridiques et spirituels permettant de mettre en lumière la dynamique qui anime leur œuvre juridique.
Enfin, étant donné l’inscription de ces personnages dans un milieu mû par la recherche et la transmission de la connaissance, il s’agira également d’observer quelle relation ils entretenaient avec d’autres milieux de fuqahā, notamment ceux de Damas, puisque nombre d’étudiants de al-Suyūtī et Zakariyyā’ venaient de cette ville pour suivre leur enseignement.
Certains éléments nous portent à croire qu’il serait intéressant de rechercher des exemples d’auteurs émettant une réflexion similaire dans les milieux syriens.
Il faudra aussi s’interroger sur l’impact de leur tendance novatrice à l’époque ottomane. Ces auteurs, dans le contexte spécifique de leur époque, annoncent déjà en partie une certaine tendance « réformiste » qui se manifestera tant au XVIIIe qu’au XIXe.
Mais il est aussi permis de penser qu’ils sont eux-mêmes les héritiers d’une tradition dont il faudra retrouver les traces.