Formation, nouveaux métiers et stratégies professionnelles au Liban et au Proche-Orient (2011-2012)

Programme soutenu par l’AUF (2011-2012)


Au Liban (où l’offre privée est ancienne et a toujours un rôle déterminant), en Syrie, en Egypte (où les établissements publics avaient jusqu’à récemment un quasi monopole), l’ouverture de l’enseignement supérieur vers le privé s’est fait en quelques décennies, de façon désordonnée, sans véritable réflexion d’ensemble sur ses missions, entre formation générale et formation professionnelle. Dans un contexte de tension croissante sur le marché du travail, l’offre de formation s’est diversifiée, les établissements d’enseignement supérieur à but strictement lucratif se sont multipliés, et la compétition s’est intensifiée en vue de capter la « clientèle » étudiante. Les nouvelles formations offertes ne font souvent que répondre à des engouements plus ou moins durables, et ne sont pas toujours adaptées aux nouvelles demandes des entreprises et du marché.

De nombreux travaux ont tenté un diagnostic de la crise du marché universitaire, et un bilan critique des systèmes éducatifs à différents niveaux. Toutefois, peu d’entre eux abordent la question à partir du marché du travail lui-même, des besoins des entreprises ou des secteurs professionnels, de la façon dont ils recrutent, mais aussi forment, leurs employés.

En amont de la mise sur pied d’un observatoire des métiers, ce projet vise d’abord à un double état des lieux :

  1. Le premier devrait prendre la forme d’un bilan des travaux, publiés ou non, concernant l’état des systèmes de formation et de leur relation au marché du travail, en même temps que d’un tour d’horizon des organismes, privés et publics, impliqués dans cette réflexion.
  2. Le second visera à faire un état des nouvelles formations proposées dans les établissements d’enseignement supérieur, et des stratégies qu’ils mettent en oeuvre pour répondre à la demande.

Dans une seconde étape, quelques enquêtes seront réalisées, dans différentes directions, à titre exploratoire, sur la base d’une problématique de recherche renouvelée, s’efforçant de réexaminer la relation formation-emploi à partir des pratiques des entreprises, mais aussi des individus engagés dans la vie active, visant à identifier les recompositions du marché du travail, en lien avec l’émergence des nouveaux métiers, et les nouvelles formes de stratégies professionnelles.

Cadre théorique et conceptuel. Méthodologie


Cette recherche s’inscrit dans le champ d’une sociologie du travail et des professions.

Elle visera à identifier les nouvelles dynamiques professionnelles, dans un contexte de recomposition du marché du travail, de redéfinition des métiers, des compétences et des qualifications que celle-ci induit, et des frontières entre ces métiers, et à mettre en lumière la façon dont l’offre de formation répond (ou non) aux mutations en cours.

Pour ce faire, la réflexion devra articuler les différents niveaux de l’analyse sociologique : des recompositions globales, au niveau de chaque pays, en lien avec les mutations au niveau régional et mondial dans l’organisation du travail et la structuration des marchés ; aux transformations du rapport au travail et aux savoirs des individus, que peuvent révéler l’étude des trajectoires et des carrières ; en passant par les stratégies organisationnelles, tant des entreprises ou des groupes professionnels, que des institutions de formation.

La comparaison entre les différents pays étudiés devrait aider à mettre en lumière les logiques à l’œuvre, tant communes que spécifiques.

Hypothèses

Trois hypothèses, complémentaires, guident cette recherche :

  1. la première est celle d’une tension entre multiplication de l’offre privée et adaptation au plus près des besoins du marché, seule une stratégie globale, pilotée au niveau national, étant susceptible de permettre une telle adaptation
  2. la seconde hypothèse concerne l’articulation entre formation scolaire et formation par l’expérience, et l’importance de la seconde, ce qui impose de réfléchir à une stratégie de formation continue intégrant les savoirs professionnels, et à une meilleure articulation entre monde du travail et monde universitaire
  3. la troisième porte sur la capacité des individus, comme des entreprises et des établissements de toutes sortes, à ajuster leur stratégie d’emploi, à partir des ressources disponibles.

Pour vérifier les hypothèses proposées plus haut, on envisagera trois types d’enquêtes :

  1. des enquêtes auprès d’entreprises ou de groupements professionnels, pour savoir comment ils recrutent, sur la base de quelles certifications, et quelles sont les modalités d’entrée dans un « métier »
  2. des enquêtes de caractère longitudinal auprès d’un échantillon de personnes actives dans différents secteurs, visant à repérer des modèles de carrières, et des stratégies professionnelles, et la place de la formation dans ces carrières
  3. enfin, un troisième type d’enquête portera auprès d’établissements d’enseignement supérieur généralistes ou professionnels, pour savoir comment ils élaborent leur offre de formation et la font évoluer, en fonction de quels critères

Porteur du projet :

Partenaires :

  • Université Libanaise, Institut de Sciences Sociales (resp. Ali Moussaoui, professeur de sociologie)
  • Université de Damas, Centre d’Orientation Professionnelle (resp. Abdessalam Zeidane, directeur)
  • Université du Caire, Faculté d’économie et sciences politique, Filière francophone (resp. Mona Amer, coordinatrice, et Baher Atlam, directeur)