Mathieu Eychenne (Ifpo) et Boris James (Ifpo /Univ. Paris X Nanterre)
Ce projet vise à la collaboration pluridisciplinaire d’historiens, d’archéologues, d’historiens de l’art et de linguistes afin de traiter l’ensemble des implications relatives à la question du peuplement du Bilâd al-Shâm, d’Alep et de la Djéziré syrienne aux périodes médiévale et moderne.
La zone du Bilâd al-Shâm allant de l’Euphrate à la côte méditerranéenne et de la région de Damas au sud de Jérusalem est une entité géographique, culturelle et parfois politique identifiée comme telle aux périodes médiévale et moderne. En y adjoignant Alep et la Djéziré, il constitue l’espace syro-palestinien. Il sera nécessaire d’interroger ces catégories géographiques.
La période proposée voit la succession de quatre dynasties musulmanes : Zankide, Ayyoubide, Mamlouke, Ottomane. Entre autres éléments qui lient ces dynasties, la mise en place et l’extension d’un système fiscal territorialisé (iqtâ‘, muqata‘a, iltizâm) comme facteur de contrôle et de modification de l’espace est essentiel. Ce sont les Zankides à la suite des Seldjoukides qui le généralisent en Syrie Palestine. Il décline à la fin du XVIIIe siècle. Ainsi entre 1144, date de la prise d’Edesse par les Zankides et 1789, début du déclin du fermage fiscal, la Syrie Palestine est un espace contrôlé tant bien que mal par les puissances extérieures (Mossoul, Le Caire, Istanbul). Les périodes zankide, ayyoubide, mamelouke et ottomane sont des périodes de perpétuelle recomposition de l’espace syro-palestinien dont les invasions turco-mongole des XIIe et XIIIe siècles ne sont qu’une des manifestations les plus spectaculaires. Tous d’origines étrangères à la région, ces pouvoirs agissent sur le peuplement du Bilâd al-Shâm (développement urbain, fronts pionniers, réinstallations de populations…) et font face à ses vicissitudes (infiltrations, invasions, migrations). Il conviendra d’envisager l’espace syro-palestinien à la fois comme un lieu d’ancrage de ses populations et comme un lieu de passage en fonction du déplacement des centres de pouvoir.
Le but de ce programme est de donner une image dynamique du peuplement du Bilâd al-Shâm et de sa diversité ethnique et confessionnelle productrice d’une culture originale. Cette thématique n’a jamais été l’objet d’un travail synthétique d’envergure. L’étude proposée se veut une série d’expérimentations chaînées mettant à jours des problématiques analogues, concernant des populations diverses et à des périodes différentes, à travers de multiples approches.
Les chercheurs insérés dans ce programme auront à envisager le peuplement à travers deux contextes non exclusifs :
Nous devrons veiller à ce que toutes ces approches (historique, archéologique, linguistique…) sur le peuplement du Bilâd al-Shâm ne donnent pas seulement lieu à des études monographiques isolées, mais qu’elles se nourrissent les unes les autres et qu’elles contribuent surtout à donner une vue d’ensemble cohérente et détaillée des populations qui ont habité, gouverné ou sont passées par cette région. Hormis la multiplicité des approches scientifiques le programme aura pour principe la confrontation des données et des interprétations afin de contribuer à la complémentarité des démarches individuelles (ex. réflexion collective sur les différents matériaux utilisés).
Le jeudi 24 juin 2010, une journée d'étude sur le thème « États, culture et différenciation ethnique dans le Bilād al-Šām pré-moderne » organisée par Mathieu Eychenne (Ifpo), Julien Gilet (Ifpo) et Boris James (Univ. Paris X Nanterre, chercheur associé à l'Ifpo) se tiendra à l'Ifpo à Damas de 10h à 18h.
Participants : Mohammed Bakhouch (Ifpo), Mathieu Eychenne (Ifpo), Julien Gilet (Ifpo), Boris James (Univ. Paris X Nanterre), Julien Loiseau (Univ. Montpellier III), Gabriel Martinez-Gros (Univ. Paris X Nanterre), Alaa Talbi (EPHE, Univ. Tunis-La Manouba), Vanessa Van Renterghem (Inalco), Stefan Winter (UQAM), Abbès Zouache (Ifao - Le Caire).
Mathieu Eychenne (Ifpo) : m.eychenne@ifporient.org
Boris James (Ifpo) : borixjames@gmail.com