Peuplement et empreintes du peuplement. Perceptions, places et trajectoires des individus et des groupes sociaux dans le Bilâd al-Shâm, Alep et la Djéziré syrienne des Zenguides aux Ottomans (XIIe-XIXe siècle)

Responsables : Mathieu Eychenne (Ifpo), Boris James (Paris-X Nanterre)

Participants Ifpo : Mathieu Tillier, Bruno Paoli, Vanessa Van Renterghem, Élodie Vigouroux, Cyril Yovitchitch

Autres participants : Sophie Berthier (CNRS/LAMM), Marianne Boqvist (Swedish Institute, Istanbul), Thomas Lorain, Stephen McPhillips (Univ. de Copenhague), Vanessa Guéno (Iremam, chercheur associé), Bouchra Khayrbek (Univ. de Damas, MDC), Stefan Knost (OIB), Elyse Semerdjian (Whitman College), Ammar al-Sumar (Univ. de Damas, archiviste), Stefan Winter (UQAM)

Descriptif du projet

Ce projet a pour but de traiter l’ensemble des implications relatives à la question du peuplement de l’Égypte, du Bilâd al-Shâm, de la Haute-Mésopotamie et de l’Irak aux périodes médiévale et moderne, dans une perspective pluridisciplinaire associant historiens, archéologues, historiens de l’art et linguistes.

La zone identifiée ici recouvre le bloc primordial de l’espace islamique lors de sa première expansion. La période proposée voit la succession de six principales dynasties musulmanes : Abbassides, Seldjoukides, Zankides, Ayyoubides, Mamelouks, Ottomans. Entre autres éléments qui lient ces dynasties, la mise en place et l’extension d’un système fiscal territorialisé (iqṭāʿ, muqāṭaʿa, iltizām) comme facteur de contrôle et de modification de l’espace est essentiel. Mis en place par les Abbassides, il fut généralisé en Syrie et en Irak par les Seldjoukides puis les Zankides. Or, la période considérée est une période de perpétuelle recomposition de l’espace moyen-oriental, dont les invasions turco-mongoles des XIe-XIIIe siècles ne sont qu’une des manifestations les plus spectaculaires. Tous d’origine étrangère aux régions qu’ils contrôlent, ces pouvoirs agissent sur le peuplement du Moyen-Orient (développement urbain, fronts pionniers, réinstallations de populations…) et font face à ses vicissitudes (infiltrations, invasions, migrations). Il faut en conséquence envisager cet espace à la fois comme un lieu d’ancrage de ces populations et comme un lieu de passage, en fonction du déplacement des centres du pouvoir.

Le but de cette étude est de donner une image dynamique du peuplement du Moyen-Orient et de sa diversité ethnique et confessionnelle, productrice de cultures originales. Cette thématique n’a jamais été l’objet d’un travail synthétique d’envergure. L’étude proposée se veut une série d’expérimentations chaînées à partir de problématiques analogues, concernant des populations et des périodes variées.

Les chercheurs associés à ce programme auront à envisager le peuplement à travers deux contextes non exclusifs :

⁃ Le contexte de la ville, centre du pouvoir et lieu de la rationalisation économique. La dynamique urbaine est le témoin de l’ancrage de traditions locales dans une culture ancienne, mêlées d’influences étrangères, en même temps que l’indice d’un brassage de populations.

⁃ Le contexte rural, les fronts pionniers (établissement de colonies de peuplement à la périphérie) et la steppe : c’est dans ces contextes que l’on pourrait qualifier de « marges sensibles » que se manifestent le plus clairement les fluctuations économiques et sociales qui président aux grands bouleversements du peuplement des périodes médiévale et moderne. Ces espaces sont ouverts aux afflux de populations, et disputés par les pouvoirs politiques car pourvoyeurs de richesses.

Corrélatives à la question de la mobilité, les stratégies résidentielles, migratoires et d’implantation des populations et des individus insérés dans l’espace moyen-oriental à ces périodes seront étudiées. Les acteurs et les décideurs à l’origine des mouvements migratoires seront identifiés, ainsi que leurs motivations et leurs stratégies. La question économique, et en particulier le thème de l’accès aux ressources, seront centraux pour analyser les différents modèles de peuplement. À l’étude de la dynamique spatiale s’ajoutera celle de la dynamique temporelle, à savoir une perspective diachronique tentant de décrire les évolutions de ces implantations.

La perception de ces populations dans les diverses formes de littérature (poésie, sources historiographiques, récits de voyages, etc.) d’expression arabe et autres (persane, turque, arménienne, grecque, etc.) sera aussi l’un des objets de ce programme de recherche. D’autres questionnements propres aux sciences sociales, tels que la construction des frontières ethniques et confessionnelles, seront mis en avant dans une perspective dynamique.

Ce projet a déjà fait l’objet d’une journée d’études préparatoire, organisée par M. Eychenne, J. Gilet et B. James sur le thème « États, cultures et différenciation ethnique dans le Proche-Orient médiéval », à l’Ifpo Damas, le 24 juin 2010, avec la participation de G. Martinez-Gros (Université Paris-X Nanterre), V. Van Renterghem (Ifpo/Inalco), A. Zouache (IFAO), J. Loiseau (Université Montpellier III), S. Winter (UQAM), M. Bakhouch (Ifpo), M. Eychenne (Ifpo), J. Gilet (Ifpo), A. Talbi (EPHE/Université de Tunis) et B. James (Université Paris X Nanterre).

Production et valorisation scientifique

- Colloques et journées d’étude : le programme prévoit l’organisation d’une première table ronde à Beyrouth (ou Damas) à l’automne 2013 intitulée « Déplacement et stratégies migratoires dans le Moyen Orient pré-moderne » et d’un colloque « Altérité et construction des frontières ethniques et confessionnelles dans le Moyen-Orient pré-moderne », en juin 2015.