Plusieurs membres de l’Ifpo, contractuels ou détachés par le CNRS, participent aux programmes menés par la mission archéologique française en Syrie du Sud. Cette mission, créée par J.-M. Dentzer (prof. émérite Paris 1-Sorbonne, Institut de France) et aujourd’hui dirigée par F. Braemer (CNRS), s’est engagée dès 1974 dans l’exploration de la Syrie du Sud. Elle associe une équipe de recherche de la Maison René-Ginouvès (CNRS-Université Paris 1-Sorbonne, Nanterre), une équipe du Centre d’études Préhistoire-Antiquité-Moyen-Âge (CNRS-Université de Nice, Valbonne) et plusieurs membres de l’Institut français du Proche-Orient (MAÉE-CNRS, Damas). L’étude de la région est au cœur des programmes de prospections et de fouilles mis au point en collaboration étroite et amicale avec la Direction Générale des Antiquités et des Musées de Syrie (DGAMS) et soutenus par un financement constant du Ministère des Affaires étrangères français.
Un volet important des activités récentes en Syrie du Sud est la prospection, consacrée à la mise en valeur et à la maîtrise de l’espace de la fin de l’âge du Fer à l’annexion romaine (fin du IVe s. avant J.-C. - Ier s. après J.-C.). Cette enquête, commencée dans le Léja et en coordination avec la constitution de l’Atlas archéologique des sites pré- et protohistoriques de Syrie du Sud (C. Nicolle, F. Braemer et M. al-Maqdissi, CNRS et DGAMS), constitue le noyau central de la thèse de J. Rohmer (doctorant, Paris 1-Sorbonne : « Occupation, mise en valeur et contrôle de l’espace en Syrie du Sud, de l’âge du Fer II à l’annexion romaine. IXe s. av. J.-C. - Ier s. apr. J.-C. »). Trois campagnes de prospections, co-financées par le réseau doctoral Ifpo-Universités françaises, la Mission archéologique française en Syrie du Sud et l’UMR 7041, ont déjà permis d’identifier et de documenter environ 80 sites occupés à l’âge du Fer et à l’époque hellénistique, dans la seule zone du Léja. Une étude du matériel de prospection accompagne les relevés de terrain, et l’ensemble des résultats est intégré dans un système d’informations géographique (SIG). L’élargissement de la prospection aux autres zones de la Syrie du Sud, depuis 2008, permet d’ores et déjà de mieux comprendre les cycles et les modalités de l’occupation humaine de l’ensemble de la région lors de ces périodes méconnues. Les résultats obtenus jettent également un nouvel éclairage sur les rares sources textuelles dont nous disposons pour ces époques. Ces missions de terrain sont menées conjointement par F. Renel (INRAP), J. Rohmer, D. Gazagne et H. Criaud, doctorants de Paris 1-Sorbonne réunis au sein de l’équipe « Du village à l’État » de l’UMR 7041, dont les recherches portent sur les agglomérations et leur environnement à l’âge du Bronze, dans le Hauran et en Jézireh.
L’habitat a fait dans les années quatre-vingts l’objet de relevés et d’une synthèse à l’échelle régionale de la part de F. Villeneuve (Ifapo-Ifpo, puis professeur, Paris 1-Sorbonne). L’évolution rapide de la démographie et de l’urbanisation de la région depuis une trentaine d’années a provoqué l’abandon, la ruine, voire la destruction volontaire d’un habitat antique jusqu’alors remarquablement conservé - plus de 300 villages -, qui a abrité le repeuplement de la région à partir du XIXe siècle. Cette situation a justifié la programmation et le financement d’une enquête aussi exhaustive que possible sur les maisons antiques encore conservées. Dans le cadre du programme européen franco-allemand et syrien d’inventaire du patrimoine archéologique syrien (2002-2004), co-dirigé par J.-M. Dentzer, K.S. Freyberger (sous-directeur de l’Institut archéologique allemand de Rome) et la Direction générale des Antiquités et des Musées de Syrie, les relevés et l’étude de l'habitat dans les campagnes de Syrie du Sud aux époques classiques et médiévales des villages de Syrie du Sud ont été repris grâce à la présence à l’Ifpo Damas jusqu’en 2008 de P. Clauss-Balty (Ifpo), responsable de ce programme. Avec le soutien de l’Ifpo et dans le cadre de la Mission archéologique française en Syrie du Sud, les campagnes de relevés se sont poursuivies après la fin du programme européen. Un travail d’équipe a été fait sur le terrain entre 2002 et 2007, regroupant architectes, ingénieurs topographes de l’ESTP, photographes et archéologues français et syriens. Outre les plans des villages, le corpus qui en résulte comprend les plans, coupes, élévations et détails remarquables des maisons, accompagnés d’une couverture photographique importante. Les missions effectuées de 2002 à 2004 ont porté sur six villages antiques de Batanée et d’Auranitide (plaines ouest et sud-ouest de Syrie méridionale), soit une trentaine d’ensembles domestiques. En 2005, cette série a été complétée par une enquête de même type sur les dix maisons conservées du village de Nawa (pentes du Jawlan), en 2006 par des relevés dans d’importants villages de Saccée situés au nord du Jabal al-Arab (Hayât, Hît et Shaqqa-Maximianopolis) et en 2007 dans une série de villages situés plus au sud.
Ces premières campagnes ont conduit à l’organisation d’une table ronde sur le sujet (2006, Paris 1, Paris 7, CNRS, Ifpo, Ministère des Affaires étrangères), suivie par la publication en 2008 d’un premier ouvrage intitulé L’habitat dans les campagnes de Syrie du Sud de l’âge du Bronze au XVe siècle et édité à l’Ifpo par P. Clauss-Balty.
Une aide apportée par le mécénat de Total et sa filiale Total E&P de Syrie a permis, à partir de 2000, de procéder à l’étude d’un village complet, Shâ‘ra, situé à l’angle nord-ouest du Léja, l’antique Trachonitide. L’exploration archéologique du site est maintenant terminée. Deux missions de terrain pour la publication des résultats ont eu lieu en 2006 et 2007.
Les travaux menés par J.-M. Dentzer sur la ville nabatéenne, romaine et byzantine de Bosra, qui est l’un des principaux terrains archéologiques de la mission, ont été consacrés pour l’essentiel ces dernières années à des relevés, des fouilles ponctuelles, des compléments topographiques et à des études de matériel en vue de publication. Ils sont placés sous la responsabilité de P.-M. Blanc (CNRS-Ifpo). Fruit de ces travaux, le récent guide Bosra, aux portes de l’Arabie regroupe la majorité des résultats établis par l’équipe depuis vingt ans, ainsi que ceux des autres chercheurs travaillant sur le site (chercheurs syriens bien sûr, mais également italiens et allemands). Publié en 2007 aux Presses de l’Ifpo dans la collection des guides archéologiques de l’Institut (lien vers la page du site), épuisé depuis 2009, l’ouvrage est actuellement en cours de réimpression et de traduction vers l’arabe. Une version numérique reste disponible à la vente. Les travaux se poursuivent également sur le terrain : sous la direction de P. Piraud-Fournet (Ifpo, Damas), une fouille est en cours sur le « Palais de Trajan », grande demeure urbaine située dans le quartier est de la ville au voisinage de la grande église à plan centré (programme ANR Balnéorient et Mission archéologique française en Syrie du Sud). Cette étude annonce un travail de plus grande envergure sur l’habitat dans les villes de la province d’Arabie aux époques romaine, byzantine et omeyyade qui pourrait être confronté aux résultats des recherches réalisées sur l’habitat des campagnes de Syrie du Sud. Sous la responsabilité de J.-M. Dentzer et de T. Fournet (CNRS-Ifpo, Damas), les études urbaines sont prolongées par des prospections dans les quartiers d’habitation non encore relevés. Les vestiges antiques conservés in situ permettent peu à peu de compléter la compréhension du développement urbain de la ville, au sein des problématiques développées par l’équipe. Dans le cadre du projet plus large de réexamen des édifices thermaux de Syrie du Sud (voir infra), T. Fournet poursuit actuellement l’étude architecturale des Thermes du Centre. Parallèlement, H. Broise (CNRS), en collaboration avec P.-M. Blanc et T. Fournet, prépare la publication monographique des Thermes du Sud.
Initiées dans le cadre de l’ACI Cultures de l’eau dans l’Orient méditerranéen (2004-2007), en coopération avec la MSH de la MOM (resp. J. Dentzer-Feydy, CNRS, et M.-F. Boussac, Univ. Paris Ouest Nanterre, Maison de l’Orient), les études sur les techniques hydrauliques et les bâtiments des eaux en Syrie du Sud ont été ces dernières années au centre des problématiques développées en Syrie du Sud. La mise en place, par M.-F. Boussac et T. Fournet, du programme Balnéorient, soutenu par l’ANR depuis début 2007, a permis de multiplier les opérations en Syrie du Sud sur les édifices thermaux antiques, privés ou publics (voir en ligne le site du projet, la liste des opérations de terrain et les rapports scientifiques : http://balneorient.hypotheses.org

Attachés à l’Ifpo et établis à Damas, J.-C. Bessac, P.-M. Blanc, T. Fournet, P. Piraud-Fournet, A. Sartre-Fauriat et M. Sartre participent aux travaux de la mission archéologique française en Syrie du Sud et développent des programmes de recherche avec son soutien scientifique et financier.
Jean-Claude Bessac (Ingénieur de recherche CNRS-Ifpo) étudie depuis 1997 les techniques de construction en Syrie du Sud dans le Léja, à Bosra, Qanawat, Shahba-Philippopolis et participe au comité scientifique de conservation de la Kaisariyeh de Shaqqa-Maximianopolis. Il a effectué une étude des problèmes de conservation de la Kaisariyeh, touchant en particulier les questions de stabilité et de consolidation des structures construites en basalte et de leurs fondations. Celle-ci a été intégrée au sein d’une étude collective réalisée sous la direction de P. Clauss-Balty. Dans le même domaine, à al-Mahalba, une étude a été conduite sur une tour en basalte en vue de sa conservation à la demande de la section « monument historique » de l’École d’architecture de Damas et de l’architecte A. Sabbek, responsable de l’opération. En divers secteurs du Hauran et du Léja, des études ponctuelles ont été conduites sur les techniques de construction en basalte. Une présentation préliminaire de ces résultats a été proposée à l’occasion du colloque sur le Hauran de Damas en octobre 2007, sous le titre : « Le basalte de Syrie du Sud : quelques repères techniques, économiques et chronologiques ».
Pierre-Marie Blanc (Ingénieur de recherche CNRS-Ifpo) travaille au sein de la mission Syrie du Sud depuis 1984 et y consacre, parallèlement à ses travaux au sein de la mission de Qalaat Séman (en Syrie du Nord), la majorité de son activité de recherche. Il réalise, sous la direction de J.-M. Dentzer, l’étude archéologique des lieux de culte païens (nabatéens, romains) et chrétiens de Bosra et de Sî‘ ainsi que l’étude de la culture matérielle (référentiels céramiques de l’époque hellénistique au premier Islam) de la région. Il développe un programme de recherche sur l’évolution des pratiques liées à l’éclairage dans le Proche-Orient de la période hellénistique à l’avènement de l’Islam.
Thibaud Fournet (Ingénieur de recherche CNRS-Ifpo) réalise depuis 1994 l’étude architecturale des bains d’époque romaine et byzantine de Syrie du Sud, associant, depuis 2006, la mission archéologique française en Syrie du Sud au programme ANR Balnéorient. Il a ainsi effectué ou participé à la réalisation du relevé, des fouilles et de l’étude des grands thermes de Bosra, des thermes de Shahba, des thermes de Der’a, des petits bains de Sha’ra, dans le Léja, et des bains de Sleim dans la région de Soueida. Parallèlement, T. Fournet réalise le relevé systématique des dispositifs urbains de Bosra et, en collaboration avec J.-M. Dentzer et P.-M. Blanc, l’analyse du développement de la ville de l’époque nabatéenne à l’époque byzantine. Plus récemment, il s’est intéressé avec T. Weber, à l’histoire urbaine de la ville de Der’a.
Pauline Piraud-Fournet (Architecte contractuelle MAÉE-ifpo) participe aux fouilles archéologiques et aux études architecturales et urbaines de la mission depuis 1995. Elle mène un projet de recherche sur l’architecture urbaine d’époque byzantine en Syrie du Sud. Ce projet est principalement abordé par : 1) le relevé, la fouille et l’étude d’une grande demeure d’époque byzantine et omeyyade à Bosra, appelé Palais de Trajan ; 2) l’étude, en collaboration avec P.-M. Blanc, d’une grande église à plan centré, voisin de ce palais dans le quartier est de la ville ; 3) l’étude, en collaboration avec P. Clauss-Balty, de la Kaisariyeh de Shaqqa-Maximianopolis, dans la région de Soueida. Elle participe, sous la direction de J.-M. Dentzer et J. Dentzer-Feydy, à l’étude archéologique et architecturale du grand sanctuaire de Baalshamîn de Sî‘ et réalise l’inventaire des monuments funéraires (mashad-s) militaires modernes du Jabal al-Arab.
Annie Sartre-Fauriat (professeur, Univ. Artois-Ifpo) prépare la publication de volumes des IGLS consacrés à la Syrie du Sud. Elle finalise actuellement le volume XV, portant sur le plateau du Léja et le volume XIV, sur la plaine de la Batanée. Participation à l’élaboration des volumes XVI/1 et XVI/2 sur les villages de la montagne du Jabal al-Arab.
Maurice Sartre (professeur émérite, Univ. Tours, IUF, chercheur associé à l’Ifpo) explore la Syrie du Sud depuis 1969 et a publié d’une part le corpus des inscriptions grecques et latines de Bostra (IGLS XIII/1, 1982) et une monographie sur cette ville (Paris, 1985). Le volume Bostra (supplément) et la plaine (XIII/2) est en cours de publication. Il travaille actuellement au tome XVI qui couvrira l’ensemble du Jabal al-Arab, et collabore avec A. Sartre-Fauriat pour les t. XIV et XV.