Projet financé dans sa première phase par le Lebanese center for policies studies, et coordonné par Myriam Catusse (Ifpo), Karam Karam (LCPS) et Olfa Lamloum (Ifpo).
Le cycle d’élections, législatives puis communales, de 2009-2010 au Liban a été présenté comme poste d’observation privilégié des recompositions de la société politique libanaise, dans le contexte de l’après accord de Doha (21 mai 2008), trêve provisoire sous parrainage international entre les protagonistes d’une scène politique polarisée et prompte à passer aux armes. Moment de vérité pour certains observateurs et acteurs politiques, il est au contraire un cycle d’élections désamorcé de tout nouvel enjeu pour d’autres ou encore un moment piégé pour les troisièmes qui y voient une nouvelle source potentielle de déstabilisation politique.
Les législatives qui se sont tenues le 7 juin 2009 ont en tout état de cause structuré un débat organisé essentiellement autour de trois questions amplement détaillées au cours de la campagne par les médias et les forces politiques en lice :
La première renvoie au système partisan. Dans un contexte d’extrême polarisation politique, leurs résultats étaient attendus pour trancher sur la victoire des uns et la défaite des autres. La question était de savoir ce qu’après le 7 juin 2009 deviendrait la configuration partagée entre les groupes du « 8 mars » et du « 14 mars ». Dans ce système politique consociatif, ces élections sont présentées comme un moment critique pour la réorganisation à l’échelle parlementaire mais aussi locale de l’arène politique en une « majorité » et une « minorité ». Force est de constater que les résultats du scrutin législatif n’ont pas résolu le problème. La très longue phase de constitution d’un nouveau gouvernement l’a illustré.
La troisième renvoie au système politique et à son éventuelle réorganisation, à l’occasion de ce cycle d’élections. Le suspens de ces scrutins concerne le jeu des alliances entre des personnalités et groupes politiques, histoire électorale somme toute ordinaire, mais ici chargée d’une dramatisation toute particulière, à l’échelle locale, nationale et internationale. Plus, les modalités du partage du pouvoir dans le système consociatif libanais semblent partiellement sur la sellette : au-delà de l’hypothétique refonte des institutions, peu réalisable à court terme vue la fragilité des coalitions et la distribution du pouvoir, la question posée n’est pas nouvelle. Elle concerne les différentes façons d’envisager le consociativisme et la vie des institutions politiques au Liban. Sans arbitre, les différentes parties défendent des positions différentes sur les mécanismes de gouvernance et le partage du pouvoir.
Ces enjeux, qui ont encadré et assigné un sens au processus électoral à l’échelle nationale (voire une traduction à l’échelle de la géopolitique internationale), furent largement suivis et finement commentés. Présentés comme les problématiques primordiales de ces scrutins, ils nous semblent mettre cependant sous silence d’autres processus à l’œuvre, moins conjoncturels et peut être plus en prise avec ce qui se passe sur le terrain.
Forts de cette intuition, ce programme de recherche « mobiliser et voter » s’appuie d’une part sur une réflexion de sociologie politique, solidement fondée sur des données empiriques et d’autre part sur des terrains localisés qui mettent en valeur des processus singuliers, voire des jeux d’échelle difficilement saisissables à l’aune seule de l’analyse « d’en haut » ou encore à la volonté d’exhaustivité.
Il s’agit pour nous de saisir ces moments électoraux, législatives de 2009 et municipales de 2010, comme postes d’observation privilégiés de l’échange politique. Les mobilisations, l’engagement et l’agir politique ne peuvent se limiter aux archétypes du lien politique que sont clientélisme, néo-patrimonialisme et communautarisme, dans une société fortement politisée. La compétition électorale reste ouverte et les structures et formes de mobilisations modernes variées : des familles politiques et leurs za’âma, aux partis avant-gardiste ou mouvements estudiantins, en passant par les milices au cours de la guerre civile ou encore les nouveaux partis de l’après-guerre, les réseaux de la diaspora, l’offre politique et les formes de l’engagement sont diversifiés. Les espaces de mobilisations s’avèrent multiples. Les clivages sociaux évoluent. Et les liens politiques se construisent sur des modes plastiques et dynamiques.
Pour documenter cette réflexion, nous nous proposons de travailler les interactions entre les logiques de mobilisation et celles du vote sur des terrains localisés et en allant au-delà des deux campagnes électorales en suivant le processus sur sa longue durée.
Ainsi, nous combinons un triple regard sur les terrains sélectionnés :
une analyse des stratégies des électeurs et des résultats du scrutin. Cela suppose d’enquêter auprès d’électeurs (avant ou après le vote), ou encore de travailler sur les résultats dans des bureaux de votes tout spécifiques, ou encore d’imaginer d’autres modes d’investigations sur les logiques de la décision de vote : celles-ci comprennent d’ailleurs outre le bulletin posé dans l’urne, le retrait de la carte nationale, les logiques de participation ou d’abstention.Nous avons choisi de travailler en une petite équipe de pairs, cohérente autour d’une réflexion commune grâce à l’organisation de séminaires de travail fermés ou ouverts selon les cas, de conférences, dans l’objectif de produire analyses et publications :

Calendrier des séances de séminaire 2009 :
Calendrier des séances 2010-2011 : En cours d’élaboration.