La critique littéraire au Moyen-Orient (en arabe)

Actes du colloque organisé les 22 et 23 novembre 2004 à Damas

Coordonné par Jamal Chehayed et Éric Gautier

Damas, Ifpo, 2006

PIFD 227, 336 p.

ISBN : 2-35159-020-1

Prix : 20 €


 

Introduction (en langue française)

Le présent ouvrage regroupe les textes des interventions des participants au colloque qui s'est déroulé à l'Institut français du Proche-Orient à Damas, les 22 et 23 novembre 2004, sur le thème de « La critique littéraire au Moyen-Orient ». Durant ces deux journées, treize chercheurs de différentes nationalités (Syriens, Français, Libanais, Irakiens, Palestiniens, Saoudiens, etc.) ont présenté leurs réflexions sur la critique et ses relations avec l'écriture et le texte littéraire.

Avant de faire une brève synthèse des travaux réunis dans ce volume, nous tenons à exprimer notre gratitude à tous ceux qui ont contribué au succès du colloque. Tout d'abord, nos remerciements vont à M. Mahmoud al-Sayyed, ministre de la Culture qui, en se déplaçant en personne pour présider la séance d'inauguration, nous a témoigné de l'intérêt que son ministère portait à de telles manifestations scientifiques, et à M. Floréal Sanagustin, directeur scientifique de l'Ifpo (Direction des études médiévales, modernes et arabes), qui, dans un premier temps, nous a aidé à concrétiser ce projet, puis nous a honoré de sa présence pendant toute la durée des débats, avant de nous apporter son soutien en vue de la publication des actes du colloque.

Nous tenons également à remercier la cellule des publications de l'Ifpo, en particulier Muhammed al-Zahabi et Nadima Kreimed qui nous ont apporté leur assitance précieuse en matière de présentation et de mise en forme de cet ouvrage.

Nos remerciements vont enfin aux participants qui ont répondu à notre invitation et ont contribué, par la qualité et la densité des travaux présentés, à enrichir notre connaissance de la critique littéraire, de la littérature et de la société arabes.

De par sa nature même, ce livre ne vise pas à l'exhaustivité et n'a pas pour ambition d'offrir un panorama complet et détaillé d'une discipline aux multiples facettes, ni de retracer précisément son évolution. Il tente d'apporter sa modeste contribution à l'étude de la critique littéraire et, plus généralement, de la littérature arabes contemporaines. Les travaux présentés font "la critique de la critique". Ils offrent plusieurs angles d'approche et permettent de nous familiariser avec le discours de la critique arabe, en même temps qu'ils mettent en évidence les grandes questions qui la traversent : les rapports entre la critique et la littérature, la critique et la société, le critique et l'écrivain, les différentes orientations méthodologiques, les influences extérieures, etc.

Malgré la pluralité des thèmes abordés au cours du colloque, et la diversité des approches, quatre axes principaux se dégagent clairement.

1. L'interférence ou l'interdépendance de la critique et de la création littéraire.

Trois interventions sont consacrées à ce thème. Ilyas Khouri analyse la relation entre le critique et l'écriture en revenant tout d'abord sur l'affirmation de Roland Barthes selon laquelle il y a un romancier qui se cache derrière tout critique, puis en proposant sa propre vision de l'écriture. De son côté, Hassan Abbas aborde ce même sujet mais en des termes et d'un point de vue différents, puisqu'il met en évidence l'existence d'un critique caché derrière sa littérature. Se référant à la production critique de deux grands écrivains arabes contemporains, Éric Gautier fait remarquer que ces deux exemples de « critique d'écrivain » montrent qu'il est difficile de dissocier la critique et la vision que ces écrivains ont de l'œuvre, de l'écriture littéraire et de la création.

2. La critique littéraire dans les périodiques arabes.

Nabil Souleiman souligne le rôle joué par la presse, depuis la fin du XIXe siècle, dans le renouveau de la critique. Selon lui, l'activité critique telle qu'elle s'est développée dans les périodiques a, d'une certaine manière, compensé la rareté des ouvrages composés dans cette discipline. De son côté, Dounia Abou Rachid vient nuancer quelque peu ce jugement. Après une étude des rubriques consacrées à la critique dans la revue littéraire libanaise, Shi'r, elle conclut en soulignant que, si l'apport de la revue au niveau de la création et de la théorisation est évident, l'apport au niveau de la critique pure est moins important. Elle évoque toutefois clairement le fait que la revue établit un suivi critique des textes littéraires, en particulier des textes poétiques, dès leur parution, et se fait ainsi l'écho des débats sur la modernité qui anime la scène littéraire arabe, dans les années soixante et soixante-dix.

3. L'impact de la critique littéraire occidentale sur les critiques arabes.

Trois intervenants abordent ce sujet.

Rafif Sidawi souligne l'importance de cet impact au Liban, depuis la fin du XIXe, et montre que les orientations historiques de la critique littéraire libanaise trouvent souvent leurs racines dans la culture occidentale, française en particulier. Saad al-Bazi'i confirme cette idée en abordant le cas précis de la réception du structuralisme génétique de Goldmann dans le monde de la critique arabe. Il relativise toutefois la profondeur de l'impact des théories mises en œuvre par ce penseur. Kadhim Jihad, quant à lui, analyse à travers des exemples l'influence des travaux de Derrida sur les critiques arabes, ainsi que J'efficacité de nombreuses notions derridiennes transplantées dans la culture arabe.

4. L'histoire de la critique littéraire arabe et ses principales caractéristiques.

Cinq interventions sont consacrées à cette question et l'abordent sous différentes optiques.

Fayssal Darraj et Abdul Razzaq Id font un retour sur des textes du début du XXe siècle qui constituent à leurs yeux les fondations de la critique littéraire arabe moderne. Il s'agit des ouvrages de Rawhi al-Khalidi, Kostaki al-Himsi, Muhammad Hussain Haykal et Taha Hussein. D'après Muhammad Kamil al-Khatib, l'évolution de la critique arabe peut être représentée, schématiquement, de la manière suivante : de la rhétorique à la critique, à la rhétorique. Il met en outre l'accent sur la rupture qui intervient au XIXe siècle avant de regretter le retour en force, aujourd'hui, de la rhétorique et des valeurs traditionnelles dans le contexte de la critique et de la culture arabe dans son ensemble. Jamal Chehayed met plutôt l'accent sur la continuité et adopte le concept de "critique architecturale", fruit de l'accumulation historique de différentes couches qui relient le présent de cette critique à l'héritage des "Anciens". Enfin, Kamal Abou Dib confirme l'importance de la lecture interprétative des textes, tout en évoquant les dangers d'une interprétation monosémique et en attirant l'attention sur les risques encourus par les critiques dans les sociétés contemporaines, en particulier arabes.

En guise de conclusion, il nous semble important de noter que les travaux présentés tendent à confirmer l'importance de la période s'étendant de la fin du XIXe au début du XXe siècle. La mise en œuvre de la nahda correspond aussi à une nouvelle étape dans l'histoire de la critique littéraire au Moyen-Orient. L'influence de la culture occidentale est donc réelle dans ce domaine, même si plusieurs interventions font ressortir, d'une part, la pérennité des liens avec la culture arabe traditionnelle, d'autre part, les limites de la "pénétration" des théories critiques importées d'Occident, et enfin, l'interdépendance de la critique et de la création littéraire. En outre, l'ensemble de ces interventions montre que l'étude de la critique littéraire arabe apparaît consubstantielle à celle des idées, de la littérature, voire de la société dans laquelle elle se développe.

Éric Gautier


 

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