Les mystiques juives, chrétiennes et musulmanes, dans le Proche-Orient médiéval, VIIe-XVIe siècles : interculturalités et contextes historiques (2008-2011)

Responsables et référents

Responsable scientifique à l’Ifpo

Référents scientifiques du projet

Coordinateur scientifique

  • Giuseppe Cecere, Université de Rome « La Sapienza » - Istituto di Culture Mediterranee della Provincia di Lecce (gl.cecere@yahoo.it)

Responsables scientifiques

Responsables scientifiques par aires

Institutions partenaires

Ce programme est réalisé en partenariat entre plusieurs équipes de recherches :

  • l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo), Damas, Syrie
  • l’Institut des Cultures Méditerranéennes de la Province de Lecce, Italie
  • l’Université de Salento, Lecce, Italie
  • le Centre Paul-Albert Février-UMR 6125 (MMSH), Aix-en-Provence, France
  • l’Institut français d’archéologie orientale (IFAO), Le Caire, Égypte
  • l’Institut français d’études anatoliennes (IFEA), Istanbul, Turquie
  • l’Université de Venise, Venise, Italie
  • l’Université de Naples (UNO: Università di Napoli Orientale), Naples, Italie
  • la communauté monastique de Bose, Italie

Objet et cadre épistémologique la recherche

Ce programme de recherche vise à une étude des spiritualités juives, chrétiennes et musulmanes en situation de contact. L’équipe conduisant cette recherche propose une analyse commune aux trois monothéismes par le moyen d’un questionnement présenté en une liste de thèmes permettant une démarche comparatiste. Cette exigence permettant d’appréhender ressemblances et diversités montre que les frontières ne sont pas forcément plus étanches entre les religions elles-mêmes qu’entre des courants divergents au sein d’une religion donnée.

Cette exploration comparatiste doit appréhender l’expression de ces courants mystiques en considérant les contextes sociaux de leur production. Ainsi trois focales historico-géographiques bien déterminées ont été choisis :

  • le domaine anatolien du XIe au XVIIIe siècle ;
  • l’aire syro-mésopotamienne du VIIe au XVe siècle ;
  • l’Égypte aux XIIIe-XIVe siècles.

Le contexte multiculturel et plurilinguistique des mondes sur lesquels porte cette recherche nous conduira à prendre en considération les corpus en grec, syriaque, copte, arabe, hébreu, et judéo-arabe

Champ de la recherche : la mystique, produit d’une expérience individuelle et d’un contexte socio-historique

La mystique, en tant que recherche et expérience d’une relation directe et personnelle avec le divin, est un phénomène complexe à la fois intime et partagé, atemporel et historiquement déterminé.

Cette complexité relève d’une part, de la dimension de l’expérience vécue, inexprimable et inaccessible à l’investigation historique et d’autre part, de sa dimension « publique » lorsqu’elle est livrée par celui qui la vit. Sa formulation porte l’empreinte des représentations du monde propres aux traditions religieuses et linguistiques dans lesquelles elle se manifeste.

Qu’elle soit individuelle ou collective, l’expérience mystique peut donner naissance à de réels courants, confrontés aux tendances religieuses déjà existantes et structurées, elles-mêmes fruits d’évolutions antérieures. Observables en toute époque et latitude, ces expériences et courants sont le produit d’un contexte socio-historique, tout comme leurs formes d’expression et leurs interprétations. Leur émergence au sein d’un groupe religieux et d’une société où co-existent diverses communautés, leur confère un rôle qui dépasse le domaine de la foi. Ils sont alors des facteurs potentiels de rénovation d’un héritage culturel, social, tant en ce qui concerne les idées morales et religieuses que les pratiques cultuelles, la langue et les relations sociales.

De ce constat apparaît l’intérêt d’une recherche, sur les expériences et mouvements mystiques apparus dans les trois monothéismes ainsi que sur les situations de contact entre individus et communautés religieuses dans une société plurielle, et cela à l’appui des sources documentaires.

Cadre méthodologique de la recherche : la démarche comparatiste

La démarche comparatiste sera appliquée aux divers aspects des phénomènes mystiques (expériences individuelles, pratiques sociales, éléments doctrinaux, institutions, productions littéraires, acteurs et milieux impliqués) dans les cadre spatio-temporels ci-dessus définis. Elle permettra de dégager les modalités d’existence du fait mystique (rapport à la religion officielle, relations intercommunautaires, perception de faits historiques communs, etc.) dans les différentes communautés d’une même société, ainsi que les articulations de cette pluralité, en accordant une attention particulière aux situations de contact et aux phénomènes de croisements culturels.

Modalités opérationnelles

Ce programme se déroulera en plusieurs étapes (2008-2011) :

  • Une réunion de travail préliminaire entre les responsables scientifiques du programme et les représentants des institutions partenaires à Lecce, le 17 mai 2008
  • Une table ronde sur l’aire syro-mésopotamienne, à Damas les 14-15 octobre 2009,
  • Une table ronde sur les mondes égyptien et anatolien (13e-14e siècles), au Caire, fin 2010
  • Un colloque international axé sur la question des pratiques et des doctrines en mystique, à Venise ou au Caire, en 2011.

Lors des tables rondes les exposés (en anglais, arabe, français, éventuellement italien) porteront sur un ou plusieurs thèmes retenus par les intervenants, en vue d’une approche comparatiste au cours des colloques internationaux. La comparaison pourra concerner des thèmes précis ou des axes transversaux associant différentes lectures (tel le thème du « fou de Dieu », considéré dans ses perspectives typologique, théologique, politique) et privilégiera l’analyse des relations entre les trois courants mystiques en situation de contact.

Les outils de la recherche pour « comparer le comparable »

À l’objectif de comparer ce qui est comparable, sans négliger l’impératif de cohérence et de diversité déjà mentionné, répond la proposition de thèmes communs de réflexion, afin de disposer de critères partagés d’analyse et de comparaison.

La proposition d’un outil homogène à des chercheurs de spécialités différentes, ne saurait être une limite à leur liberté ; elle a pour double visée 1) de cerner les traits constitutifs des phénomènes mystiques dans les trois religions (les idées, les pratiques, les situations historiques, les rapports avec la société dans son ensemble) ; 2) de faire apparaître des thèmes transversaux susceptibles de comparaison.

Cette méthode, déjà adoptée pour une approche comparative des villes musulmanes [1], menée sous la direction de Jean-Claude Garcin, a fourni des résultats concluants et apparaît donc comme une bonne référence.

Tout en sériant les questions permettant d’amorcer la comparaison sur des points précis, elle n’empêche nullement les rapprochements entre différents thèmes, ni l’ouverture de perspectives plus larges. Notons enfin que des thèmes supplémentaires, spécifiques à l’une des trois religions ou répondant à un intérêt particulier pourront être intégrés, sur suggestion des intervenants.

Les Thèmes

1 Pratiques collectives et expériences individuelles

1.1 Les pratiques

  • Exercices spirituels : ascèse, retraite, contemplation, méditation
  • Rites : prière, récitation des noms de Dieu, lecture des Ecritures
  • Pèlerinage et pérégrination
  • Pratiques des vertus
  • Maîtres et disciples

1.2 L’expérience du divin

  • Inspiration, illumination, extase, contrition et larmes
  • Itinéraire spirituel : états spirituels, étapes spirituelles
  • Union et transcendance
  • Amour divin, fous de Dieu
  • Langage et expérience mystique

1.3 Mystiques et modes de vie

  • Vie érémitique et vie communautaire : bâtiments spécifiques, organisation économique, règles de vie communautaire.
  • Mariage et célibat
  • Mode de subsistance et rapport aux biens matériels : renoncement au monde versus vie dans le monde et exercice d´un métier

2 Doctrines et production de textes

2.1 Les doctrines

  • Connaissance et gnose
  • Sainteté (typologie, degrés et hiérarchies, sainteté féminine)
  • Représentations de Dieu
  • Vision du monde (cosmogonie, cosmologie, eschatologie)
  • Vision de l’homme et « homme parfait »

2.2 Les productions écrites

  • Genres littéraires (hagiographie, poésie, traité et manuel)
  • Vocabulaire de l’expérience mystique

3 Contexte social et institutionnel

3.1 Mystiques et société

  • Milieux et groupes sociaux (origine sociale, sexe, âge, répartition géographique)
  • Autoreprésentation du rôle social
  • Perception des mystiques par les acteurs sociaux

3.2 Mystiques et institutions

  • Formation des « confréries »
  • Relation aux autorités religieuses
  • Relation au pouvoir politique
  • Implications économiques, fondations religieuses

 

Personnes