Ce programme est réalisé en partenariat entre plusieurs équipes de recherches :
Ce programme de recherche vise à une étude des spiritualités juives, chrétiennes et musulmanes en situation de contact. L’équipe conduisant cette recherche propose une analyse commune aux trois monothéismes par le moyen d’un questionnement présenté en une liste de thèmes permettant une démarche comparatiste. Cette exigence permettant d’appréhender ressemblances et diversités montre que les frontières ne sont pas forcément plus étanches entre les religions elles-mêmes qu’entre des courants divergents au sein d’une religion donnée.
Cette exploration comparatiste doit appréhender l’expression de ces courants mystiques en considérant les contextes sociaux de leur production. Ainsi trois focales historico-géographiques bien déterminées ont été choisis :
Le contexte multiculturel et plurilinguistique des mondes sur lesquels porte cette recherche nous conduira à prendre en considération les corpus en grec, syriaque, copte, arabe, hébreu, et judéo-arabe
La mystique, en tant que recherche et expérience d’une relation directe et personnelle avec le divin, est un phénomène complexe à la fois intime et partagé, atemporel et historiquement déterminé.
Cette complexité relève d’une part, de la dimension de l’expérience vécue, inexprimable et inaccessible à l’investigation historique et d’autre part, de sa dimension « publique » lorsqu’elle est livrée par celui qui la vit. Sa formulation porte l’empreinte des représentations du monde propres aux traditions religieuses et linguistiques dans lesquelles elle se manifeste.
Qu’elle soit individuelle ou collective, l’expérience mystique peut donner naissance à de réels courants, confrontés aux tendances religieuses déjà existantes et structurées, elles-mêmes fruits d’évolutions antérieures. Observables en toute époque et latitude, ces expériences et courants sont le produit d’un contexte socio-historique, tout comme leurs formes d’expression et leurs interprétations. Leur émergence au sein d’un groupe religieux et d’une société où co-existent diverses communautés, leur confère un rôle qui dépasse le domaine de la foi. Ils sont alors des facteurs potentiels de rénovation d’un héritage culturel, social, tant en ce qui concerne les idées morales et religieuses que les pratiques cultuelles, la langue et les relations sociales.
De ce constat apparaît l’intérêt d’une recherche, sur les expériences et mouvements mystiques apparus dans les trois monothéismes ainsi que sur les situations de contact entre individus et communautés religieuses dans une société plurielle, et cela à l’appui des sources documentaires.
La démarche comparatiste sera appliquée aux divers aspects des phénomènes mystiques (expériences individuelles, pratiques sociales, éléments doctrinaux, institutions, productions littéraires, acteurs et milieux impliqués) dans les cadre spatio-temporels ci-dessus définis. Elle permettra de dégager les modalités d’existence du fait mystique (rapport à la religion officielle, relations intercommunautaires, perception de faits historiques communs, etc.) dans les différentes communautés d’une même société, ainsi que les articulations de cette pluralité, en accordant une attention particulière aux situations de contact et aux phénomènes de croisements culturels.
Ce programme se déroulera en plusieurs étapes (2008-2011) :
Lors des tables rondes les exposés (en anglais, arabe, français, éventuellement italien) porteront sur un ou plusieurs thèmes retenus par les intervenants, en vue d’une approche comparatiste au cours des colloques internationaux. La comparaison pourra concerner des thèmes précis ou des axes transversaux associant différentes lectures (tel le thème du « fou de Dieu », considéré dans ses perspectives typologique, théologique, politique) et privilégiera l’analyse des relations entre les trois courants mystiques en situation de contact.
À l’objectif de comparer ce qui est comparable, sans négliger l’impératif de cohérence et de diversité déjà mentionné, répond la proposition de thèmes communs de réflexion, afin de disposer de critères partagés d’analyse et de comparaison.
La proposition d’un outil homogène à des chercheurs de spécialités différentes, ne saurait être une limite à leur liberté ; elle a pour double visée 1) de cerner les traits constitutifs des phénomènes mystiques dans les trois religions (les idées, les pratiques, les situations historiques, les rapports avec la société dans son ensemble) ; 2) de faire apparaître des thèmes transversaux susceptibles de comparaison.
Cette méthode, déjà adoptée pour une approche comparative des villes musulmanes [1], menée sous la direction de Jean-Claude Garcin, a fourni des résultats concluants et apparaît donc comme une bonne référence.
Tout en sériant les questions permettant d’amorcer la comparaison sur des points précis, elle n’empêche nullement les rapprochements entre différents thèmes, ni l’ouverture de perspectives plus larges. Notons enfin que des thèmes supplémentaires, spécifiques à l’une des trois religions ou répondant à un intérêt particulier pourront être intégrés, sur suggestion des intervenants.