Castellologie : « Inventaire des sites fortifiés du Proche-Orient médiéval (Bilad al-Sham) (Xe – XVe siècles) » (2005-2011)

Responsables et participants

Responsables

Participants membres de l’Ifpo

Participants non membres de l’Ifpo

  • Mas’oud Badawi, archéologue-céramologue (participant en 2007-2008)
  • Balazs Major, archéologue hongrois (participant en 2007)
  • Julie Monchamp, céramologue (participante en 2008)
  • Wafa Rostom, archéologue DGAMS (participante en 2008)
  • Philippe Sablayrolles, géomètre-topographe (participant en 2007-2008)
  • Mayssam Youssef, archéologue DGAMS (participant en 2007-2008)

Partenaires

Ifpo-CNRS-DGAMS et Ifao (Le Caire).

Voir la page du programme sur le site de l’Ifao.


 

Objectifs du programme

Le programme a pour objectif à long terme la réalisation d’un inventaire systématique du patrimoine fortifié de Syrie, et à plus large échelle du Proche-Orient (Bilad al-Sham) édifié entre le Xe et le XIVe siècle. Les sites concernés par cet inventaire présentent comme caractéristique commune d’avoir été construits ou modifiés, entre le Xe et le XIVe siècle, dans une perspective de défense individuelle ou de défense (protection et surveillance) d’un territoire. Ces sites présentent toutefois des contextes de développement différents :

  • Citadelles érigées dans un cadre urbain (Alep, Hama, Bosra,…)
  • Forteresses bâties dans un contexte extra-urbain (château de Saladin, Crac des Chevaliers, Marqab, Qal‘at Najm, Salkhad, Ajlûn)
  • Tours isolées inscrites dans un réseau de défense (Burj Zara, Burj al-’Arab)
  • Maisons-fortes/Casaux (Yahmûr, Sâfîthâ)
  • Caravansérails (Qutayfa, Khân al-‘Arûs)
  • Grottes fortifiées.

Cet inventaire, mettant en œuvre des techniques de localisation cartographique, des analyses historiques, des relevés architecturaux mécaniques et topographiques et une couverture photographique exhaustive, ouvre plusieurs perspectives de recherche :

  • Il contribuerait à dresser une carte de l’occupation du sol et du peuplement autour des structures fortifiées en Syrie comparable à celle qui a été entreprise pour la période byzantine (Villages antiques de la Syrie du Nord de Georges Tchalenko ; Les campagnes de la Syrie du Nord du IIe au VIIe siècle de Georges Tate).

  • Il permettrait de repérer des sites susceptibles de faire l’objet d’études universitaires détaillées (maîtrises, DEA), mais aussi des opérations plus lourdes de relevés ou de fouilles archéologiques, comme cela est déjà le cas par exemple pour la citadelle de Masyaf, la citadelle d’Alep, le château de Saladin, Qal‘at Najm.
  • Il aurait pour avantage de constituer un large corpus de sites, donc d’augmenter le répertoire de formes, à partir duquel il serait possible d’établir des chronotypologies et de procéder à de meilleures attributions de certaines places aux Francs ou aux Arabes, et de déterminer le sens des échanges (si échange il y a eu) en matière de technique de fortification entre les deux mondes orientaux et occidentaux.
  • Il servirait à alimenter une base de données iconographique spécifique aux fortifications médiévales.
  • Du point de vue patrimonial, il constituerait un outil important pour la Direction Générale des Antiquités et des Musées de Syrie : en effet, outre la découverte de sites inédits, il permettrait de procéder à l’évaluation de l’état de conservation pour chaque site fortifié afin d’engager des opérations de protection, de sauvetage, pour les édifices majeurs menacés, et à terme de restauration et de mise en valeur.

Avancement du programme fin 2009

Plusieurs missions de prospection régionale et d’étude monographique de sites fortifiés (forteresse d’al-Najm, citadelle de Bosra, citadelle de Salkhad) ont été menées depuis 2005 ou sont actuellement en cours.

Les principales missions en cours sont une prospection régionale du Nahr al-Kabir al-Shamali, dont la deuxième campagne a eu lieu en juin 2008, et une mission d’étude archéologique du Château de Saladin (Château de Saone/Sahyun), une des principales forteresses de Syrie, dont la deuxième campagne a eu lieu en octobre-novembre 2008.

Mission Nahr al-Kabir al-Shamali

La mission Nahr al-Kabir al-Shamali a pour objectif l’inventaire archéologique d’une des régions de Syrie les plus densément peuplée à l’époque médiévale, tant pour les sites fortifiés que civils et religieux. Cet inventaire permettra de dresser une carte de l’occupation du sol et du peuplement autour des principales structures fortifiées et de comprendre ainsi les relations économiques et sociales entre les zones d’habitations rurales et les centres de commandement fortifiés. Il permettra de comprendre les caractères et l’évolution des implantations militaires, mais également civiles et religieuses au sein d’une région successivement rattaché entre le Xe et le XIVe siècle à l’empire byzantin, à la principauté franque d’Antioche, à la principauté ayyoubide d’Alep et à l’empire mamelouk.

[Voir les photographies de la mission]

Mission d’étude archéologique du Château de Saladin

La mission d’étude archéologique du Château de Saladin a pour objectifs la caractérisation précise et la datation absolue des campagnes de construction et en particulier des campagnes de fortification qui ont été mises en évidence préalablement au travers des études architecturales. Les hypothèses sur les campagnes de construction proposées sous forme de phasages pourront en grande partie être confirmées ou infirmées par les fouilles stratigraphiques, de même que le matériel archéologique révélé par la stratigraphie pourra fournir des éléments de datation absolue pour ces phases de construction. C’est donc à terme la restitution détaillée de l’histoire monumentale d’un des châteaux les plus emblématiques des Croisades qui pourrait être proposée au terme de ce programme archéologique.

À plus large échelle, l’étude archéologique d’un site tel que le château de Saladin ouvre des perspectives scientifiques intéressant non seulement l’archéologie islamique pour les périodes ayyoubides et mameloukes, mais également l’archéologie croisée et l’archéologie byzantine, soit plus de quatre siècles d’occupation entre les Xe et XIVe siècles, période la plus prolifique en Orient du point de vue architectural, notamment avec la fièvre constructrice de châteaux et de citadelles engendrée par le phénomène des Croisades.

Ainsi, une lecture précise des campagnes de construction du château de Saladin grâce à l’archéologie stratigraphique contribuerait largement à améliorer les connaissances sur les campagnes de construction des nombreux châteaux de la région ayant connu des phases d’occupation similaires. Les informations fournies directement par le biais des fouilles stratigraphiques pourraient également nous renseigner sur les caractères et l’organisation sociale des civilisations qui se sont succédées dans ce château et qui l’ont modelé défensivement.

Dans cet ordre d’idée, les unités stratigraphiques islamiques mises en évidence au travers de la fouille devraient fournir des informations sur l’ensemble des campagnes de construction ayyoubides et mameloukes, ainsi que sur l’ampleur de l’occupation du site par les Ottomans à partir du XVIe siècle, faiblement renseignée par les sources textuelles. La caractérisation de ces phases d’occupation et de ces campagnes de construction islamiques sur un site-référence tel que le château de Saladin apporterait des informations précieuses pour la caractérisation des campagnes de construction islamiques ayant touché la quasi-totalité des châteaux de cette région, ainsi que la totalité des sites fortifiés de l’hinterland du Bilâd al-Shâm. Ces fouilles pourraient également fournir des données sur l’organisation sociale d’une capitale d’iqtâ‘ ayyoubide aux XIIe et XIIIe siècles, sur l’évolution du château comme province mamelouke à partir du milieu du XIIIe siècle et sur l’occupation du château par l’anti-sultan mamelouk Sunqur al-Ashqar.

De la même manière, la mise à jour d’unités stratigraphiques croisées par le biais de la fouille pourrait nous informer sur la nature et les caractères de l’occupation d’un château féodal typique du XIIe siècle dans le contexte des Croisades, avec la présence d’une garnison imposée par le rôle stratégique du site et d’une population civile importante employée pour le bon fonctionnement de la résidence des seigneurs de Saone. L’étude archéologique d’un tel site féodal croisé figé par la conquête ayyoubide serait inédite en Syrie et pourrait ouvrir la voie à l’étude d’autres châteaux féodaux de la région comme Burzayh et Qal‘at Abu Qahtan. De surcroît, la mise en comparaison des campagnes de construction féodales du château de Saladin avec les campagnes de fortification templières et hospitalières étudiées sur des châteaux comme le Crac des Chevaliers, Marqab, Safita, pourrait améliorer les connaissances sur les différentes facettes de la fortification croisée en Orient.

Enfin, la mise en évidence et la caractérisation d’unités stratigraphiques byzantines dans le château de Saladin pourrait fournir des informations précieuses sur la nature et l’organisation de la civilisation byzantine aux Xe et XIe siècles dans cette province disputée aux tribus locales que représentait le nord de la Syrie côtière. La fouille stratigraphique pourrait également apporter un éclairage bienvenu sur la fortification byzantine de cette époque qui est largement méconnue dans la région alors que de nombreux châteaux comme Burzayh, Balâtunus, Masyaf, portent encore les traces architecturales de grandes campagnes de construction entreprises aux Xe et XIe siècles.

L’étude archéologique d’un château tel que le château de Saladin ayant connu de manière successive des apports architecturaux byzantins, croisés, ayyoubides et mamelouks est une opportunité exceptionnelle en vue de la compréhension des phénomènes de transmissions des connaissances en matière d’architecture militaire qui ont pu jouer ou non entre Byzantins, Croisés et musulmans.

Ces deux principales missions archéologiques feront respectivement l’objet d’une quatrième campagne prévue en 2010 et de nouvelles missions architecturales et archéologiques sont programmées sur les forteresses médiévales de Qal’at al-Najm (Syrie du Nord) et de Salkhad (Syrie du Sud) pour la même année.

[Voir les photographies de la mission sur l'album Flickr de l'Ifpo]

Mission de Qal’at Najm

Après une interruption, la mission de Qal’at Najm devrait reprendre et s’achever par une série de sondages localisés dans plusieurs zones qui n’ont pas été perturbées par les récents travaux de restauration. Les campagnes de relevés menées en 2005 et 2006 ont permis de dresser le plan et des coupes de cette forteresse majeure de la commande ayyoubide de la principauté d’Alep. Elles ont en outre révélé la présence d’un château antérieur à celui érigé au début du XIIIe siècle par le sultan d’Alep, al-Malik al-Zâhir Ghâzî, fils de Saladin. Ce château, dont nous avons identifié une partie du tracé des courtines et une tour d’angle, pourrait bien bien être celui érigé par Nûr al-Dîn au milieu du XIIe siècle, et qualifié de “château neuf” par le voyageur andalou Ibn Jobayr en 1184. Les sondages envisagés devraient permettre d’identifier les tours primitives enchapées par la construction ayyoubide, et de préciser le tracé de ce château inédit, qui constitue un des très rares témoignages de la commande architecturale militaire zengide.

Mission de la citadelle de Salkhad

À l’automne 2008, la citadelle de Salkhad a fait l’objet d’une mission d’évaluation en vue de sa fouille. Un premier relevé partiel à l’aide d’un scanner laser 3D a permis de constituer une archive 3D de ce site, qui de tout temps reçu l’attention de princes de Damas. Salkhad ne fut pas comme on le pense trop souvent une place de second rang. Confiée à l’un des plus puissants émirs du prince de Damas, ce château fut le centre d’un des plus grands iqtâ‘-s de la principauté. Son étude sera élargie à celle du territoire qu’il contrôlait, afin de mieux comprendre le fonctionnement de ces iqtâ‘-s de la période ayyoubide.

La mission devrait en priorité concerner l’achèvement des relevés du château, qui s’avère indispensable sur ce site complexe, tant par sa nature, que par son état ruiné. Ces relevés constituent un préalable à la programmation d’une opération de fouille archéologique qui devrait être extrêmement riche sur ce site dont la stratigraphie a été relativement bien protégée en raison de son occupation, jusqu’à une date récente, par l’armée syrienne.

La mise en place récente en 2009 de la coopération scientifique entre l’Ifao du Caire et l’Ifpo de Damas sur le thème "Guerre et paix dans le Proche-Orient médiéval, Xe-XVe siècles" va permettre d’élargir le champ de recherche du programme castellologique et va offrir un outil de classement et de diffusion sous la forme d’une base de données.

Manifestations scientifiques

Les travaux 2008-2009 du programme castellologique vont être présentés durant les séminaires généraux de l’Ifpo en 2010 et lors des tables-rondes organisées à Damas et au Caire dans le cadre de la coopération scientifique Ifao-Ifpo au printemps et à l’automne 2010.

Publications prévues

Des publications des résultats des deux premières campagnes des missions Nahr al-Kabir al-Shamali et d’étude archéologique du Château de Saladin et de Qal‘at Najm sont envisagées dans les périodiques de l’Ifpo, à savoir le Bulletin d’Études Orientales et Syria, dans la mesure où les données recueilles lors de ces missions archéologiques entrent dans les thèmes de recherche de ces deux périodiques.