Guerre et paix dans le Proche-Orient médiéval (Xe-XVe siècles) (2008-2011)

 Responsables et participants

Direction scientifique

Sylvie Denoix (Ifao) & Pierre Lory (Ifpo)

Coordination

Mathieu Eychenne (Ifpo) ; Stephane Pradines (Ifao) ; Abbès Zouache (Ifao)

Participation scientifique

Osama Talaat (Université du Caire ; Université d’Aden, Ifao) ; Cyril Yovitchitch (Ifpo)

Axes de recherches

À partir du Xe siècle, le Proche-Orient, terre carrefour, connaît des transformations profondes marquées d’abord par l’émiettement des pouvoirs, ensuite par l’affirmation de dynasties dirigées par des classes militaires non arabes auxquelles la réalité du pouvoir militaire et fiscal est confiée.

Les guerres, qui s’intensifièrent, procurèrent à cette élite militaire une légitimité à laquelle les combats contre les Byzantins, à l’époque précédente, n’avaient pas donné naissance.

Le « phénomène guerre » est ici envisagé sous des angles variés, en tant que facteur explicatif des transformations que connurent les sociétés orientales. Plusieurs axes sont privilégiés.

La pratique de la guerre – armement, techniques de construction, techniques de combat, tactique et stratégie

Feu grégeois, manuscrit byzantin

La technicisation accrue de la guerre se lit tout autant dans les fortifications que dans l’armement, qui évoluent, tout au long de la période étudiée, sous des influences diverses – byzantines, arméniennes, iraniennes, turques, arabes. Les études en cours sur la fortification s’interrogent toujours, en termes d’architecture militaire, sur les échanges auxquels les Croisades donnèrent lieu. De plus, les fonctions des sites fortifiés posent toujours question.

Dans le domaine de l’armement, la part des traditions locales et de l’adoption d’armes exogènes reste à déterminer. Il semble bien, en Égypte comme dans le Bilâd al-Shâm, que l’on ait en permanence cherché à s’adapter aux nouvelles techniques de combat, et que les armes de ces contrées aient suivi une évolution analogue à celle de l’armement occidental.
En Orient comme en Occident, les Xe - XIe siècles virent les cavaliers s’imposer progressivement comme les « seigneurs de la guerre ». Doit-on pour autant négliger le rôle des fantassins sur le champ de bataille ? Par ailleurs, des soldats non professionnels ne participaient-ils pas à la guerre ? Pouvaient-ils (ou non) être décisifs ?

Enfin, si l’on sait aujourd’hui que c’est un leurre que de reconstituer avec précision le déroulement des batailles, l’utilisation répétée de certaines tactiques peut être repérée, des stratégies d’ensemble reconstituées et leur efficacité interrogée.

Histoire sociale et économique

Légitimées par les élites civiles, les militaires – essentiellement turcs et kurdes, mais également arméniens, constituèrent des groupes sociaux qui mettaient en oeuvre des solidarités multiples. L’histoire sociale de certains de ces groupes reste à faire – ainsi, en Égypte, celle de l’aristocratie militaire circassienne. Plus largement, quel était le degré d’intégration de ces militaires dans les sociétés proche orientales ? La légitimité que leur conférait leur excellence guerrière et leur lutte contre les infidèles était-elle suffisante ? Comment gérait-on les tensions qui ne se faisaient pas faute d’apparaître ?

Les systèmes politiques que ces militaires contribuèrent à mettre en place peuvent désormais être étudiés de manière diachronique. L’on doit notamment s’interroger sur l’influence qu’exercèrent les Byzantins et les Perses sur les armées musulmanes, ainsi que sur les liens à établir entre les armées des différentes dynasties qui marquèrent l’histoire de l’Orient.

Par ailleurs, la guerre imposait la mobilisation de moyens toujours plus importants. In fine, les sociétés furent organisées par et pour la guerre. Est-il loisible de parler, pour l’époque étudiée, « d’économie de guerre » ? Plus spécifiquement, est-il possible d’évaluer les budgets militaires et leur impact sur le développement de ces sociétés ? Enfin, l’équipement et l’entretien des armées nécessitaient des infrastructures et une organisation encore mal connues.

Philosophie et discours de la paix et de la guerre

Les sources véhiculent des conceptions de la guerre et de son articulation avec la paix qui connurent des évolutions sensibles tout au long de la période envisagée. Des discours théoriques et des discours narratifs se distinguent. À première vue, ils semblent accorder une place prééminente à la guerre, alors que l’Occident chrétien développa une littérature spécifique consacrée à la paix. Peut-on se satisfaire d’une telle analyse ? La paix n’était-elle pas pensée autrement que comme absence de la guerre, dans l’Orient musulman ? De manière plus prosaïque, il faut s’interroger sur ce qu’en disent les sources, directement ou indirectement. En particulier, les sources narratives arabes idéalisent-elles (ou non) les périodes de paix ?

Il conviendra également de ne pas oublier les modalités de mise en place de la paix – soit de l’interruption des combats. Les « traités » alors signés permettent de mieux connaître ces modalités. On les analysera en prenant en compte d’une part ce qu’ils révèlent de leurs protagonistes, d’autre part de l’image de l’ennemi qui y transparaît.

L’on peut aussi se demander quelles définitions de la guerre les sources narratives et didactiques proposent. Comparer ces définitions permettrait d’identifier les influences. Se pose tout particulièrement le problème de l’existence d’une tradition pragmatique indépendante (ou semi indépendante) de la tradition juridique. Les concepts de guerre sainte et de jihâd doivent être replacés dans leur contexte. À ce propos, comment analyser le concept de qitâl fî sabîl Allâh, obligation collective imposée à l’umma mais qui pouvait en fait être concentrée sur certains combattants ou leur être déléguée ? La guerre contre l’infidèle prenait-elle le pas sur la guerre contre les « hérétiques » ?

Illustration : Miniature persane du XIIIe siècle illustrant le Roman de Varqe et Golshah. Varqe tuant un guerrier adénien.

La question de l’influence des Croisades sur la conception musulmane de la « guerre sainte » reste posée. De même, la renaissance des traités militaires, à partir de la deuxième moitié du VIe/XIIe siècle, est-elle étroitement liée à l’obligation de lutter contre l’infidèle ? Ces traités sont encore mal connus. On s’interroge toujours, en particulier, sur l’importance et la qualité de la production d’époque mamelouke. Doit-on l’appréhender à la seule lumière des écrits d’époque abbasside ? Seule la constitution d’un catalogue et l’édition des textes encore manuscrits permettrait de répondre à une telle question.

Quant aux discours narratifs, ils doivent être mis en relation, comparés, ce qui les rapproche et/ou les éloigne, mis en lumière. Sur un plan formel, identifier les structures narratives et donc les modèles sur lesquels les écrivains s’appuyaient, les thèmes récurrents, les topoi permettrait de se pencher sur la relation qu’on établissait entre la paix, la guerre et la divinité.

Ces textes, ainsi que d’autres sources, doivent également être étudiés dans une perspective lexicographique, afin de contribuer à la constitution et à l’analyse de lexiques des techniques de la monte, de l’hippologie, de l’hippiatrie comme de l’architecture militaire.

Base de données Fortiforient

Dans le cadre de ce programme, une base de données a été créée sur le logiciel Filemaker par Mathieu Eychenne (Ifpo) et Christian Gaubert (Ifao). L'objectif de cette base de données baptisée Fortiforient est de collationner des informations sur l'ensemble des sites fortifiés du Proche-Orient médiéval (Égypte, Syrie, Liban, Israël/Palestine, Jordanie et sud de l’Anatolie) entre le Xe et le XVe siècle et dans un premier temps de fournir aux chercheurs des données bibliographiques complètes sur chacun de ces sites.

Fortiforient est une base de données bilingue français/arabe, dont une première version sera publiée en ligne sur les sites web des deux instituts dès la fin de 2011. Elle sera interrrogeable en français et en arabe. Cette première version fera l’objet de mises à jour régulières en fonction de l’avancement du dépouillement des textes et de l’entrée des données par les archéologues et les historiens qui seront appelés à collaborer à son développement.

Dans chaque institut, un historien et un archéologue sont chargés d’alimenter la base : Mathieu Eychenne et Cyril Yovitchitch à l’Ifpo pour les données concernant le Proche-Orient et Abbès Zouache et Stéphane Pradines à l’Ifao pour les données concernant l’Égypte.

La table principale de cette base de données recense l’ensemble des sites fortifiés médiévaux de l’aire géographique étudiée par le programme (actuellement plus de 200 sites ont été consignés) tout en fournissant sur chacun d’eux des données descriptives générales (noms antiques, médiévaux et actuels ; localisation et coordonnées GPS ; type architectural etc.).

Deux tables thématiques sont liées à la table principale :

  1. La Table Bibliographie recense l’ensemble des études, monographies, articles, travaux universitaires (master, thèse) et rapports de fouille (y compris en arabe) portant sur le sujet. Actuellement, près de 200 références bibliographiques y sont actuellement consignées.
  2. La Table Archéologie et Architecture fournit, dans la mesure du possible, des plans et des images pour chacun des sites fortifiés recensés.
     

Activités scientifiques

1 - Table ronde préparatoire, Damas, Ifpo, 19 février 2009


Cette table ronde, animée par les coordinateurs du programme et les directeurs scientifiques des deux instituts, s'est tenue à l’Ifpo-Damas le 19 février 2009. Elle a permis de mettre en place un plan de travail pour l’ensemble des actions prévues dans le cadre du programme (base de données, organisation des différents colloques, publications).

Participants : Sylvie Denoix, Pierre Lory, Mathieu Eychenne, Benjamin Michaudel, Stéphane Pradines, Abbès Zouache

En marge de cette réunion préparatoire une journée d'étude intitulée « La guerre dans le Proche-Orient médiéval » s'est déroulée le 18 février 2009 à l'Ifpo à Damas.

Ont participé à cette journée :

  • Abbès Zouache (Univ. Lyon II), « Réflexions sur les combats en Syrie aux XIIe-XIIIe siècles »
  • Stéphane Pradines (Ifao), « Bilan de huit ans de fouilles archéologiques sur les fortifications fatimide et ayyoubide du Caire »
  • Haytham Hasan (DGMAS), « Les fouilles archéologiques de la citadelle de Maysaf (Syrie) »
  • Benjamin Michaudel (Ifpo), « La forteresse médiévale de Saône/Sahyun (Syrie) à la lumière des travaux archéologiques récents »

2 - Colloque international, Damas, Centre culturel français, 3 & 4 Novembre 2010

« Historiographie de la guerre dans le Proche-Orient médiéval (Xe-XVe siècle). État de la question, lieux communs et nouvelles approches »

Colloque organisé par Mathieu Eychenne & Abbès Zouache

Voir page détaillée du colloque (programme) : http://www.ifporient.org/node/773

Ce colloque a été l'occasion de dresser un état des lieux de la recherche portant sur la guerre dans le Proche-Orient médiéval, du Xe au XVe siècle, aussi bien dans ses aspects techniques que dans ses aspects théoriques.

Le « phénomène guerre » a été traité selon quatre thématiques principales :

  • Les sources de l'histoire de la guerre dans le Proche-Orient médiéval
  • L'histoire des techniques et de l'armement
  • La sociologie et la philosophie des guerres
  • Les fortifications

Ce colloque a été organisé par l'Institut français du Proche-Orient (Ifpo) et l'Institut français d'archéologie orientale du Caire (Ifao), en collaboration avec le CCF de Damas et en partenariat avec la Direction générale des Antiquités et musées de Syrie (DGAMS).

3 - Colloque international, Le Caire, 15-18 décembre 2011

« Guerre et paix dans le Proche-Orient médiéval, Xe-XVe siècles »

Colloque organisé par Sylvie Denoix, Mathieu Eychenne, Stéphane Pradines, Osama Talaat & Abbès Zouache

Après un premier colloque (Damas, 2010) proposant une réflexion historiographique, l’équipe IFAO - IFPO organise une deuxième manifestation consacrée à la guerre et à la paix. C’est en tant que phénomènes culturels et sociaux qu’ils seront envisagés, en adoptant une démarche pluridisciplinaire (historique, archéologique, anthropologique...) seule à même d’aider à comprendre en quoi ces phénomènes modelèrent en profondeur les sociétés proche-orientales, du IVe/Xe au IXe/XVe siècle. Cinq axes ont été privilégiés :

  1. La paix : un processus évolutif
  2. Fortifications, culture matérielle et patrimoine
  3. Sociétés en guerre
  4. Les femmes et la guerre
  5. Corps en guerre

Consulter le programme :

http://www.ifporient.org/node/1020

Personnes

  • Mathieu Eychenne
  • Sylvie Denoix
  • Pierre Lory
  • Stéphane Pradines
  • Cyril Yovitchitch
  • Abbès Zouache