Jihane Sfeir
Karthala/Ifpo, 2008, 340 p.
Collection Hommes et sociétés : Histoire et géographie
ISBN : 9782845869578
25 €
En 1947, les premiers Palestiniens arrivent au Liban dans un pays fraîchement indépendant et au bord de la crise politique et économique. Ces exilés, originaires des grandes villes de la Palestine mandataire, sont perçus comme de riches touristes. Mais cette représentation va changer avec la création de l’État d’Israël et l’arrivée de plus de 100 000 Palestiniens originaires des villages de Galilée. Peuple de passage, ne cessant de penser au retour vers la patrie perdue, ces Palestiniens deviennent les « Absents » de Palestine, les étrangers du Liban, les habitants des camps, les réfugiés.
L’exil palestinien au Liban retrace l’histoire de l’exode, du déracinement et de la recomposition de la société palestinienne. Histoire d’une rupture violente, il s’agit aussi de l’histoire paradoxale de la reconstruction forcée de liens entre deux sociétés, deux entités qui n’avaient jamais été hermétiquement séparées. Cet ouvrage met à la disposition du lecteur une perspective historique inédite de la présence palestinienne au Liban. À travers une étude démographique et sur la base d’une approche anthropologique, il permet une nouvelle interprétation du « problème » palestinien toujours d’actualité dans ce pays.
Présentation du livre chez l'éditeur Karthala : entretien avec Jihan Sfeir (podcast) et possibilité d'achat en e-book (17 €).
Docteur en histoire du monde arabe de l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), Jihane Sfeir est chargée de cours à l'Université américaine de Paris. Elle est chercheur associé au Collège de France, à l'Institut d'études de l'islam et des sociétés du monde musulman (IISMM) ainsi qu'à l'Institut français du Proche-Orient (Ifpo).
Dans le Liban de l'après-indépendance (1943), le système confessionnel va de soi ; il reflète l'état de la société. Le Pacte national assure le bon fonctionnement de la vie politique libanaise. Mais la guerre israélo-arabe de 1948 et ses conséquences, l'arrivée en masse des Palestiniens, majoritairement musulmans, vont pendant un bref instant le remettre en cause. Très tôt la présence des réfugiés palestiniens va représenter un «problème» pour le nouvel État libanais et sera perçue comme une menace pour le fragile équilibre politique. Histoire d'une rupture, violente, histoire paradoxale, aussi, de la reconstruction forcée de liens entre deux sociétés, deux entités qui n'avaient jamais été hermétiquement séparées. Les Palestiniens emportent au Liban leurs compétences, leurs différents modes d'organisation sociale, leur familiarité plus ou moins grande avec la ville, leur connaissance du Liban, leur pratique à différents niveaux des réseaux sociaux, commerciaux, régionaux qui reliaient le nord de la Palestine et le Liban. De même, le regard porté au Liban sur les Palestiniens est informé, de manière complexe, par la crise économique et politique qui sévit dans le pays, par l'expérience récente de l'accueil des réfugiés arméniens, mais aussi par un sentiment de proximité, ou en tout cas de familiarité. L'exil des Palestiniens, central dans l'histoire de la région de la seconde moitié du XXe siècle, est aussi une conséquence de la construction des États-nations. Alors que les Palestiniens trouvent un refuge qu'ils espèrent provisoire chez ces voisins qui ne leur sont pas inconnus, les frontières se dessinent et se ferment, l'ordre social et politique change radicalement. Les cadres sociaux et culturels au sein desquels ils étaient les voisins familiers des habitants du Liban deviennent caducs et sont remplacés par une nouvelle organisation. Les réfugiés palestiniens deviennent alors «les étrangers» (al-ajanib) dans un pays qui lutte pour construire une citoyenneté unifiée. Les recompositions concernent à la fois la population des réfugiés et celle du pays d'accueil. Le contexte qui a provoqué l'exode palestinien contraint également le Liban à se redéfinir. Il s'agit bien là d'une histoire réflexive : la question des Palestiniens au Liban a pour corollaire celle de la nation libanaise face à l'arrivée des réfugiés. Pour aborder ce questionnement de la manière la plus complète possible, il est nécessaire de s'arrêter sur tous les aspects de ces premières années, celles de la crise proprement dite, celles qui précèdent la «routinisation» de la gestion des réfugiés. Enjeux démographiques d'abord : que représente la masse des réfugiés par rapport à la population libanaise et en quoi se distingue-t-elle de la population arabe de Palestine d'avant 1948 et des autres populations des pays arabes d'accueil ? Quels sens peut avoir un recensement au Liban ? Comment peut-on l'interpréter ? Enjeux politiques ensuite : quelle est la conséquence de l'arrivée des Palestiniens sur la stabilité du pays et comment l'État libanais réagit-il à leur installation ? Enjeux identitaires encore : comment se définissent les Palestiniens dans la société et l'espace libanais ? Quelle(s) image(s) reflètent-ils ? Comment sont-ils regardés au Liban ? Quel impact produit l'image des réfugiés sur les différentes communautés ? Enjeux économiques : comment se redéfinit le profil socioprofessionnel de la population palestinienne réfugiée au Liban par rapport à la population de la Palestine d'avant 1948 et par rapport aux autres pays refuges ? Quelles sont les conséquences de l'établissement des réfugiés palestiniens sur l'économie libanaise et comment sont-elles interprétées dans l'arène publique officielle ? Enjeux territoriaux enfin : comment cette nouvelle population se répartit-elle dans l'espace libanais ? Peut-on parler de ségrégation ou de communautarisation spatiale palestinienne ? Quelles logiques de regroupement les réfugiés adoptent-ils ? (tiré de alapage.com)