Disparition de notre collègue Jean-Paul Thalmann

Jean-Paul Thalmann (1946-2017) lors de la dernière campagne à Tell Arqa (2014)

Jean-Paul Thalmann, enseignant honoraire à l'Université Paris I - Panthéon Sorbonne, archéologue de renommée internationale, ancien élève de l'École française d'Athènes et ancien pensionnaire de l'Institut français d'archéologie du Proche-Orient (IFAPO), grand ami du Liban et des archéologues libanais, s'est éteint, entouré de sa famille, ce samedi 8 juillet 2017.

Après des études classiques poussées (École normale supérieure en 1968, agrégation des Lettres en 1971), mais aussi une solide formation technique, Jean-Paul Thalmann avait rejoint l'École française d'Athènes en 1973 où s'épanouit sa vocation archéologique pluridisciplinaire. Il a participé notamment aux chantiers d'Argos, dans le Péloponèse, et d'Amathonte, en Chypre, où s'est affirmé son intérêt pour les périodes anciennes pré-classiques et l'Âge du Bronze, bien qu'il demeurât toute sa vie un helléniste discret et de première force.

Par la suite, il aura l'occasion de travailler sur ces mêmes périodes en Iraq (Larsa) et en Syrie (Akkar). En 1972, à l'appel du Directeur de ce qui était encore l'Institut français d'archéologie de Beyrouth (IFAB, devenu ensuite l'IFAPO, puis le Département d'Archéologie et d'Histoire de l'Antiquité au sein de l'Ifpo), Ernest Will, qui venait d'ouvrir au Liban Nord le chantier archéologique de Tell Arqa, Jean-Paul Thalmann rejoignit l'équipe à l'œuvre sur ce site, pour prendre en charge le volet Âge du Bronze du programme qui se mettait en place. Très vite, il démontra à Ernest Will et à Maurice Chéhab, Directeur général des Antiquités du Liban, comme au Président de la république libanaise, Souleiman Frangié, que ce devait être la priorité scientifique. Aussi devint-il logiquement, en 1978, le Chef de la Mission archéologique française de Tell Arqa. Jean-Paul Thalmann a fouillé pendant quelque quarante ans ce site de première importance, qui présente une continuité d'occupation exceptionnelle, entre le quatrième millénaire et l'époque mamelouke.

À la suite de Maurice Dunand, le fouilleur de Byblos, il a révélé un pan essentiel de l'histoire du Liban pré-classique et de l'archéologie levantine, discipline pour laquelle Tell Arqa constitue désormais un site de référence. Ses communications scientifiques ont ainsi profondément renouvelé notre connaissance historique de l'Orient ancien et très ancien, faisant autorité unanime parmi les spécialistes. Une première synthèse fut publiée en 2006 dans la Bibliothèque archéologique et Historique (BAH 177), la collection savante de l'Ifpo.

On ne s'attardera pas ici sur le bilan scientifique d'une vie archéologique de premier plan car Il faut aussi souligner l'attachement de Jean-Paul Thalmann pour le Liban où il n'a cessé de travailler, avec constance et presque obstination, jusque dans les années les plus difficiles de l'histoire récente, quand d'autres terrains auraient pu lui sembler plus commodes. Sur quelque quarante ans, la Mission de Tell Arqa s'est développée, dans un bel esprit de coopération avec les archéologues libanais, tant les représentants de la Direction générale des Antiquités (DGA) que les étudiants des diverses universités locales qui s'y sont pratiquement tous formés, à un stade ou à un autre de leur cursus. Inlassablement, jusque parfois très tard dans la soirée, Jean-Paul Thalmann leur communiquait sa compétence, son savoir-faire et sa foi scientifiques. Non plus que ses étudiants français de la Sorbonne, gageons qu'ils n'oublieront pas ce maître motivant et passionné.

Légende de la photographie : Jean-Paul Thalmann (1946-2017) lors de la dernière campagne à Tell Arqa (2014).