Disparition de Wladimir Glasman (1942 – 2015)

La Vallée engloutie Géographie historique du Moyen-Euphrate (du IVe s. av. J.-C. au VIIe s. apr. J.-C.), par Justine Gaborit

Comme un dernier clin d’« œil sur la Syrie », Wladimir Glasman s’est éteint le 21 août 2015, deux ans jour pour jour après le massacre à l’arme chimique d’environ 1500 civils dans la Ghouta Sharqiyya de Damas.

Agrégé d’arabe, diplomate, fin connaisseur du monde arabe et de la Syrie, Wladimir Glasman vécut de longues années au Proche-Orient. Après des études à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (1974-1976), il est nommé, entre 1984 et 1988, bibliothécaire-chercheur à l’Institut Français d’Études Arabes de Damas (IFEAD, dont l’Ifpo est le successeur) où il achève un DEA en histoire musulmane. À cette occasion, il se plonge dans l’étude des documents issus du tribunal religieux de Hama durant l’époque ottomane[1]. Plus tard, il fera généreusement don de ses archives à l’Ifpo (quelque 20 cartons d’ « archives Glasman » à Beyrouth). Enfin, après avoir occupé divers postes comme diplomate (Alger, Amman, Ryad, Paris), il retourne en Syrie comme deuxième conseiller de l’Ambassade de France à Damas (2001-2008).
 
Ces deux longs séjours damascènes lui donnent l’occasion de vivre avec, et non à côté, du peuple syrien. Il acquiert une connaissance intime de la société, des rouages du système politique et de l’opposition clandestine syrienne.
 
En 2011, il crée donc, sous le pseudonyme d’Ignace Leverrier, le blog « Un œil sur la Syrie »[2], source remarquablement informée sur la « Révolution syrienne ». Il fut l’un de ces rares chercheurs et diplomates qui rendit au centuple à son terrain d’élection ce que ce dernier lui avait apporté.
 
Wladimir Glasman laisse un vide immense derrière lui, celui d’un expert averti et perspicace de la Syrie et celui d’un homme à la fois rigoureux et engagé auprès des Syriens dans leur combat pour la liberté depuis 2011. C’est avec beaucoup d’émotion que ses anciens collègues de l’Ifpo rendent hommage aujourd’hui à celui qui fut, d’abord et avant tout, un Juste parmi les hommes.
 

[1] V. Glasman, 1991, « Les documents du tribunal religieux de Hama. Leur importance pour la connaissance de la vie quotidienne dans une petite ville de Syrie centrale à l’époque ottomane », in D. Panzac, Les villes dans l’Empire ottoman : activités et sociétés, Paris, CNRS, tome I, p. 17–39.
[2] Ignace Leverrier, « Un œil sur la Syrie », site du Monde. Lien : http://syrie.blog.lemonde.fr