Disparition de Pierre Bordreuil

Disparition de Pierre Bordreuil (2)

Pierre Bordreuil, sémitisant et historien spécialiste de l’Orient ancien, vient de disparaître au terme d’une riche carrière de savant, principalement consacrée aux études phéniciennes et ougaritiques.

Né en 1937 dans une famille où la culture biblique tenait une place importante, il s’était formé à l’étude de l’Ancien Testament aux Facultés de théologie protestante d’Aix-en-Provence et de Strasbourg, avant de suivre à Paris l’enseignement d’André Caquot et d’André Dupont-Sommer à l’École pratique des hautes études (ÉPHÉ) et au Collège de France. Boursier de l’Académie des inscriptions et Belles-Lettres à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem (ÉBAFJ) en 1966-1967, puis recruté comme chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), il résida au Liban de 1968 à 1986, travaillant jusqu’à la guerre civile en étroite liaison avec l’Institut français d’archéologie de Beyrouth, que dirigeait alors Daniel Schlumberger.

Il demeura très attaché à ce pays, où il comptait beaucoup d’amis, non moins qu’à la Syrie et à toute la région du Proche-Orient qu’il a parcourue en détail. Associé notamment, depuis 1971, aux fouilles conduites sur le site majeur de Ras Shamra/Ougarit, il fut responsable de l’équipe chargée de la publication des tablettes en alphabet cunéiforme dont la découverte a profondément renouvelé les études bibliques et l’histoire de l’Orient ancien au Bronze récent. Avec Dennis Pardee il en a publié l’inventaire de plus de trois mille pièces. Son activité d’épigraphiste l’a tourné aussi vers les inscriptions phéniciennes et ouest-sémitiques, notamment araméennes, et à conduire une vaste enquête historique sur les cités phéniciennes de la côte levantine, ainsi que sur les royaumes araméens contemporains de Syrie intérieure. Rentré en France, il a donné jusqu’en 2004 des cours de langue et civilisation ougaritiques à l’École des langues et civilisations orientales anciennes (ÉLCOA) de l’Institut catholique de Paris. Demeuré très actif, il n’a cessé depuis lors de publier des inscriptions sémitiques anciennes et de visiter le Proche-Orient.

Disparition de Pierre Bordreuil

De gauche à droite : A. Schlumberger, I. Schlumberger, P. Bordreuil, D. Schlumberger, R. Stucky, R. Hafez (restaurateur du Musee national de Damas), H. de Contenson. Ougarit, 1971. Coll. A. Schlumberger.