Guerres, cultures et sociétés au Proche-Orient médiéval (969-1517)

Colloque "Historiographie de la guerre dans le Proche-Orient médiéval (Xe-XVe siècle)", (Damas, CCF, les 03 et 04 novembre 2010)

Responsables : Mathieu Eychenne (Ifpo) ; Stéphane Pradines (Ifao), Abbès Zouache (chercheur associé CNRS-UMR 5648 CIHAM).

Participants : Makram Abbès (ENS-LSH/TRIANGLES, Lyon) ; Al-Amīn Abouseada (univ. Ṭanṭa, chercheur associé Ifao) ; Anna Angermann (univ. de Bonn) ; Frédéric Bauden (univ. de Liège) ; Mehdi Berrah (univ. Paris 1 - Panthéon Sorbonne)  David Bramoullé (docteur, univ. Paris 1 - Panthéon Sorbonne) ; Agnès Carayon (docteur, univ. de Provence ; Sylvie Denoix (Ifao) ; Francesca Dotti (doctorante, Ephe) ; Tarek El-Morsi (chercheur associé IREMAM et CeAlex) ; Ahmed El-Shoky (univ. ʿAyn Shams) ; Boris James (doctorant, univ. Paris 10 Nanterre) ʿAbd al-ʿAzīz Ramaḍān (univ. ʿAyn Shams) ; Rihab Saïdi (univ. du Caire) ; David Nicolle (Nottingham Univ.) ; Valérie Serdon (univ. de Nancy) ; Osama Talaat (univ. du Caire et d’Aden) ; Ali Tami (univ. de Bordeaux III) ; Mathieu Tillier (Ifpo) ; Vanessa Van Renterghem (Ifpo) ; Élodie Vigouroux (docteur, univ. Paris IV - Sorbonne, chercheur associé Ifpo) ; Cyril Yovitchtich (Ifpo) ; Heba Yusuf (univ. de Helwan).

De la conquête fatimide à la chute de l’empire mamelouk, le pouvoir politique se militarise et une aristocratie militaire s’impose à la tête de la société, légitimée par la lutte contre les croisés et les Mongols. Des cultures de guerre se diffusent à l’ensemble du corps social. Ce programme multidisciplinaire (histoire, archéologie, anthropologie) se propose d’identifier et d’analyser ces cultures de guerre, afin de mieux comprendre en quoi la guerre modèle alors en profondeur les sociétés du Proche-Orient.

Villes et sociétés en guerre

Responsable : Mathieu Eychenne

Dans les villes, les élites militaires exogènes polarisent en grande partie l’organisation sociale, administrative et économique. Ces élites mettent régulièrement en scène leur puissance ; elles font de la ville une scène où se tiennent des rituels de guerre (mobilisation des troupes, revues militaires, manifestations lors du retour victorieux des armées, exposition de trophées, processions funéraires, etc.).

C’est plus encore le cas pendant les sièges, dont le nombre croît, durant les croisades. Les rumeurs les plus folles se répandent, puis la guerre se déroule au cœur même de la ville. Cette dernière en devient un acteur à part entière, ses bâtiments, éventrés par les combats et détournés de leur fonction première, en portent les stigmates. Ses habitants en sont des témoins privilégiés, pouvant y participer de façon décisive.

Ainsi, au-delà du cycle construction/destruction/reconstruction, un lien structurant unit la guerre à la ville, qui vit par et pour la guerre et dont les aménagements peuvent en grande partie être perçus comme le reflet des cultures de guerre que l’on se propose d’étudier. Hippodromes, portes, fortifications, marchés, maisons, bordels ou tavernes constituent autant de jalons qui marquent l’espace urbain et modèlent certains quartiers en fonction de la guerre.

Croisades, mémoires et furûsiyya : cultures de guerre au Proche-Orient

Responsable : Abbès Zouache

Pendant la période envisagée, de nouvelles cultures de guerre apparaissent, qui ne se limitent ni aux seuls combattants, ni aux seules activités strictement guerrières. La genèse même de ces cultures de guerre doit être interrogée. Certaines – telles celles qui se développent dans les ports sans cesse menacés – semblent être déterminées par une situation géographique et s’inscrire dans le temps long. D’autres paraissent liées à un événement soudain, comme les croisades ou les invasions mongoles.

Les croisades, les invasions mongoles et les incursions régulières des Européens sur les côtes syro-palestiniennes et égyptiennes créent un sentiment d’agression dont on évaluera dans quelle mesure et de quelle manière il marque la mémoire collective des peuples du Proche-Orient.

Par ailleurs, ces combats renforcent la légitimité des Mamelouks, qui font renaître et s’épanouir la furûsiyya, culture de guerre héritière de traditions diverses, centre-asiatique, persane, grecque, arabe, turque. De nombreux manuels de furûsiyya sont rédigés et mériteraient une étude à part entière. Confrontés à des sources narratives, médicales, archéologiques et iconographiques, ces textes peuvent également donner accès à l’expérience humaine de la guerre, et notamment à son expérience corporelle.

Armes et architectures de guerre

Responsable : Stéphane Pradines

Parler de la guerre et de son étude du point de vue des cultures matérielles implique évidemment de se soucier des « outils de la guerre », les armes et les armures. Les armes et les manières de s'en servir sont des marqueurs culturels, d'ethnies comme de religions. En effet, on ne pratique pas la même guerre selon son origine et son appartenance ethnique ou sociale.

Par ailleurs, on peut se demander si le souci d’efficacité l’emporte dans la décision d’adopter ou non un progrès technique. On s’intéressera tout particulièrement aux armes de siège — trébuchets à contrepoids au tournant du XIIᵉ siècle et canons à la fin du XVᵉ siècle —, qui ont grandement influencé la poliorcétique et le développement des fortifications islamiques. Les fortifications médiévales au Proche-Orient et en Égypte ont évolué au gré des conflits entre Orient et Occident. L'impact des croisades et des populations d'Asie centrale a été déterminant dans cette course à l'armement et dans les innovations architecturales. Parfois, il est impossible de dire s'il s'agit d'une architecture militaire chrétienne ou islamique. C'est pourquoi les inscriptions apportent des informations fondamentales pour dater et comprendre les fortifications, qu'elles soient urbaines ou rurales, qu'il s'agisse de forts ou d'enceintes. Comment appréhender un territoire à travers l'étude de ses fortifications ? C'est la question que nous nous poserons à travers l’analyse d’espaces géostratégiques et de zones de frontières, en Égypte et au Bilād al-Šām.