Céramique et Société

L’industrie des matières dures animales au Proche-Orient des périodes hellénistique à byzantine : une approche techno-économique

Responsable : Bénédicte Khan

L’os, l’ivoire, le bois de cervidé et la corne ont été utilisés de tous temps pour fabriquer des objets, des plus simples (aiguilles, épingles, poinçons, etc.) aux plus élaborés (pyxides, plaquages de coffrets et mobilier, statuettes, etc.). Très présentes dans des domaines de la vie quotidienne des sociétés proche-orientales aussi divers que la toilette, l’armement, la statuaire ou encore le divertissement d’après les découvertes archéologiques, il n’est que très rarement fait mention de ces matières et de leur artisanat dans les sources anciennes.

C’est pour combler ces manques que nous nous proposons d’apporter un regard nouveau sur les matières dures animales et leur technologie, en s’appuyant en particulier sur les rejets d’ateliers mis au jour sur plusieurs sites datés d’entre les périodes hellénistique à byzantine. En effet, les rejets d’ateliers présentent des traces d’outils qui, une fois observées, décrites précisément et analysées, nous permettent de retrouver la technique et le geste de l’artisan. En étudiant toutes les traces – appelées stigmates –, il nous est possible d’établir leur chronologie et donc retracer les différentes étapes ayant permis la transformation du bloc de matière première en objet fini de manière plus ou moins précise. C’est presque tout le savoir-faire de l’artisan qui réside dans ces stigmates, et c’est tout un pan de la société qui s’ouvre à partir de l’approche technologique. En effet, l’étude des rejets et de leurs stigmates apporte de nouvelles pistes de réflexion à la fois sur l’organisation interne de cette industrie, sur les manières de faire des artisans et leur approche de la matière première, sur leurs relations avec les autres artisanats notamment pour l’approvisionnement (boucherie, tannerie), pour la fabrication des objets composites (métallurgie, ébénisterie), etc.

En travaillant sur les collections de sites aussi divers que Sagalassos et Pergame en Turquie, Jérash et Pétra en Jordanie, ainsi que Béréniké en Égypte, l’idée est d’explorer non seulement plusieurs sites de production mais également les différences et/ou les similitudes dans les manières de faire et tenter de saisir si ces différences sont liées à des préférences personnelles, culturelles, des traditions, etc., dans le but de mieux comprendre les artisans et la société dans laquelle ils évoluent.

 

Huileries de Jordanie

Responsable : Jacques Seigne et Pauline Piraud-Fournet

Photo aérienne de l’huilerie du temenos, d’époque byzantine, à Dharih (F. Villeneuve 1996). 

Photo de gauche : Photo aérienne de l’huilerie du temenos, d’époque byzantine, à Dharih (F. Villeneuve 1996).

Photo de droite : Photo du broyeur à meule de l’huilerie du temenos, à Dharih (F. Villeneuve 1996).

La publication de quelques huileries fouillées en Jordanie, à Dharih (à l’est de la mer morte) et au alentours de Jérash (dans le nord de la Jordanie), permettra d’ajouter quelques jalons à la synthèse qui reste à faire sur les huileries à l’est du Jourdain, qui complétera utilement celles déjà réalisées pour la Palestine (Ayalon, Frankel et Kloner 2009 et Frankel 1999).

La fabrication de l’huile d’olive dans l’Antiquité est bien documentée et le grand nombre d’huileries antiques mises au jour prouve l’importance de leurs produits pour la vie quotidienne : l’huile bien sûr mais aussi les résidus liquides (l’amurca) et solides (les grignons) de son extraction . Dans l’Antiquité comme aujourd’hui encore, on extrait l’huile en trois étapes : broyage des olives, pressurage de la pâte résultante, raffinage de l’huile, avec pour chacune de ces opérations des instruments spécifiques. À la fin de l’époque byzantine et dans notre région, une grande variété d’installations ont été identifiées.

Le broyage doit séparer la pulpe gorgée d’huile de son noyau. L’opération se fait fréquemment au moyen d’un broyeur à rouleau ou d’un broyeur à meule. Le pressurage des olives est l’étape la plus délicate et on obtenait la pression soit par une vis, soit par un levier. L’huile obtenue après broyage et pressurage était ensuite raffinée.

Les huileries concernées par nos travaux présentent une grande variété de mécanismes et d’aménagements permettant de réaliser ces différentes opérations.

Systèmes céramiques et organisation sociale en Mésopotamie du Nord et au Levant Centro-septentrional au passage entre Ve et IVe millénaires av. J.‑C.

Responsable : J. S. Baldi

Partenaires institutionnels : Directions générales des Antiquités et des Musées du Liban et de Syrie ; Musée d’histoire et de protohistoire de Beyrouth ; Mission archéologique française de Syrie du Sud ; Mission franco-syrienne de Tell Feres al Sharqi.

Protocole expérimental de façonnage d'une copie de jarre holemouth chalcolithique © J. S. Baldi (2010). Image au microscope pétrographique de la pâte d'un tesson de phase Wadi Rabah (Tell Qarassa Nord). © Mission archéologique de Tell Qarassa, Syrie, 2010.

Photo de gauche : Protocole expérimental de façonnage d’une copie de jarre holemouth chalcolithique © J. S. Baldi (2010).

Photo de droite : Image au microscope pétrographique de la pâte d’un tesson de phase Wadi Rabah (Tell Qarassa Nord).
© Mission archéologique de Tell Qarassa, Syrie, 2010.

Invention majeure après la maîtrise du feu et premier produit de synthèse dans l’histoire de l’humanité, la céramique contient les germes de tous les développements pyro-technologiques ultérieurs et représente un matériel d’extrême utilité dans de multiples domaines. Son ubiquité et son abondance dans les fouilles archéologiques, ainsi que son rôle dans le quotidien des communautés anciennes, permettent de l’approcher comme un témoin majeur des dynamiques historiques et culturelles. Si l’histoire événementielle n’a laissé aucune trace dans les céramiques archéologiques, les dynamiques organisationnelles et la configuration des sociétés anciennes peuvent être reconstruites sur la base des modalités de production, diffusion et utilisation des poteries. La construction d’un pont entre, d’une part, la matérialité de la céramique en tant qu’objet et, de l’autre, les phénomènes immatériels des cultures humaines, équivaut à la définition d’une sociologie de la céramique. Dans ce but, plusieurs études ont démontré que limiter l’analyse à un seul aspect de la poterie (forme, décor, façonnage, pâte, etc.) serait arbitraire et qu’aucun élément ne peut permettre de les hiérarchiser en termes de valeur et de signification culturelle. En effet, depuis les années 1990, les céramiques archéologiques ont trouvé une place dans le débat portant sur les mécanismes du changement matériel et culturel et couvrant plusieurs branches des sciences humaines, notamment en France et aux États-Unis. La céramologie a ainsi approché un questionnement anthropologique sur les dynamiques organisationnelles des sociétés anciennes (répartition des tâches, traditions culinaires, spécialisation et échelle des productions artisanales). Il s’agit d’une perspective qui vise à analyser les activités céramiques comme un « fait social total », selon la terminologie de Durkheim et surtout de Mauss, c’est-à-dire un élément tout à fait ordinaire, sur la base duquel bâtir une théorie sur les phénomènes sociaux des communautés anciennes.

Pour la Mésopotamie du Nord et le Levant Centro-septentrional des époques comprises entre Ve et IVe millénaires av. J.-C. aucune tentative d’approcher les céramiques selon une perspective sociologique n’a jamais été faite. Il s’agit, pourtant, d’une phase très délicate et intéressante pour la mise en place de nouvelles modalités et stratégies organisationnelles. Pour la Mésopotamie septentrionale, les nouvelles données ont permis de reconnaître l’existence d’une évolution locale très précoce vers l’urbanisation – sans aucune ingérence de la part du Sud mésopotamien. En ce qui concerne le Levant Centro-septentrional, les communautés villageoises, bien que davantage liées aux activités pastorales que les sociétés nord-mésopotamiennes, ont adopté des stratégies de contrôle des territoires qui ont abouti à l’apparition de larges provinces céramiques, en simplifiant la précédente mosaïque de petites territorialités semi-égalitaires. Les premières productions en série, une standardisation techno-morphologique de plus en plus poussée, une production de plus en plus concentrée entre les mains d’un nombre restreint de spécialistes, ainsi que la première apparition du façonnage au tour (par reprise en rotation de pots manufacturés aux colombins) sont autant de phénomènes d’importance capitale qui se mettent en place selon des modalités régionales spécifiques à la fois en Mésopotamie et au Levant. Toutefois, dans ces deux régions, ce processus suit des lignes évolutives différentes, dont la mobilisation de modèles hiérarchiques et hétérarchiques peut permettre de rendre compte pour une mise en parallèle des parcours non-linéaires vers la complexité sociale.

La nécessité de prendre en compte tous les aspects de la poterie implique une approche technique visant à la reconstruction des différentes chaînes opératoires – à savoir les étapes allant de la matière première au produit fini. Les séquences de gestes et opérations indiquent les « manières de faire » propres à différentes entités sociales. L’ethnologie a quant à elle largement démontré la correspondance à la fois entre ces traditions techniques et les réseaux de transmission et apprentissage de groupes sociaux distincts. Il s’agit donc d’aborder les chaînes opératoires comme les indices, aussi bien chronologiques que culturels, de la variabilité technique et sociale dans l’espace et dans le temps. D’une part, la variabilité synchronique des traditions indique des frontières sociales entre les groupes humains dont les chaînes opératoires étaient l’expression. De l’autre, la variabilité diachronique des traditions techniques indique les relations en termes de contacts, échanges, emprunts, etc., entre les différents groupes sociaux sous-jacents.

Une lecture anthropologique des assemblages céramiques vise, donc, à reconstruire l’histoire des « manières de faire » en tant que patrimoine (en termes de savoir-faire spécifiques) et production culturelle des groupes qui constituaient les communautés qui étaient sur le point d’inventer les premières cités.

Culture matérielle et échanges commerciaux à l’époque nabatéenne

  • Culture matérielle et productions céramiques du royaume nabatéen et de la province romaine d’Arabie
  • Place du nord-ouest de la péninsule arabique dans les échanges commerciaux caravaniers et maritimes aux époques nabatéenne et romaine.
Responsable : Caroline Durand

Production, circulation et utilisation des monnaies dans le P.-O. Antique, en particulier de la Syrie méridionale à l’Arabie

Responsable : C. Augé