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La recherche en train de se faire à l’Institut français du Proche-Orient
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Palestine, le rôle des ONG en question : De la portée théorique et politique d’une recherche

22 July, 2016 - 18:52

En juin 2014, Sbeih Sbeih a soutenu une thèse, préparée sous ma direction dans le cadre du Laboratoire Printemps, sous le titre « La professionnalisation des ONG : entre logique d’engagement et pression des bailleurs de fonds ». Un ouvrage issu de cette thèse devrait paraître dans les mois qui viennent ; sans l’attendre, il me semble important d’évoquer cette recherche, de témoigner de la qualité du travail de terrain et du cadre théorique mobilisé, ainsi que de l’originalité de son apport scientifique. En effet, quelques publications s’en sont récemment inspirées, sur un registre beaucoup moins analytique, sans toujours lui rendre pleinement justice. C’est en particulier le cas d’un ouvrage de vulgarisation de Julien Salingue qui en reprend les concepts, les références et le matériau, sans véritablement en maîtriser la portée. Il serait dommage que cela porte préjudice à l’original et il est d’autant plus urgent de rendre compte de la nuance et de la richesse de la recherche de Sbeih.

Panneau de présentation d’un projet de l’USAID – Bethléem, juillet 2009. Cliché : S. Sbeih

Professionnalisation

Sous le titre indiqué plus haut, la thèse analyse la façon dont l’arrivée des financements internationaux a transformé l’action associative. L’hypothèse initiale d’une dépolitisation et d’un affaiblissement de la lutte nationale, au nom de la professionnalisation, se précise dans les termes d’une « reconfiguration et (d’une) rationalisation du politique », résultant du renversement du système de valeurs dominant, et du rapport entre « logique professionnelle » et « logique militante ».

Pour construire sa démonstration, Sbeih Sbeih compare quatre associations impliquées diversement dans des projets de développement. Son hypothèse imposait de confronter plusieurs cas d’associations dont l’origine et l’histoire auraient été différentes, mais qui toutes auraient été irrésistiblement incitées à se soumettre à la logique, aujourd’hui hégémonique, du projet (de développement) et de la professionnalisation, du fait du recours de plus en plus important aux bailleurs internationaux. Ayant tôt repéré une telle évolution dans l’action du YMCA, association chrétienne d’origine britannique, présente en Palestine depuis la fin du 19e siècle, le choix d’une association musulmane s’imposait. Ayant sélectionné l’Association Islamique, l’auteur a été en butte à un certain nombre de difficultés du fait de ses liens supposés avec le Hamas. Sa fermeture en 2008-09, en pleine période du travail de terrain, a réduit fortement les possibilités d’enquête. Cela ne l’a pas empêché de rassembler des informations extrêmement précieuses qui lui ont permis de proposer d’utiles éléments de comparaison. Le PARC, né dans les années 1980, et la plus connue des ONG palestiniennes de développement, avait déjà été étudié longuement par Caroline Abou Saada, et du fait de son caractère emblématique, Sbeih s’est proposé de le revisiter. Le Palestinian Center for Peace and Democracy (PCPD), enfin, né à la veille d’Oslo, est représentatif d’une dernière génération d’ONG dont l’action s’oriente vers les questions de droit et le plaidoyer.

Appréhendée de façon critique, la professionnalisation, comme valorisation de certaines compétences, dans le contexte de l’afflux des financements extérieurs, est analysée à trois échelles :

  • l’échelle (méso) de l’association en tant qu’organisatrice de l’action : une action fondée originellement sur le bénévolat, dont l’analyse montre comment la « professionnalisation » en transforme profondément les modalités, en même temps qu’elle transforme les rapports de pouvoir au sein de l’association
  • l’échelle macro du monde social, du glissement du projet national vers un projet universel de développement, à travers la construction du « monde du développement », et de l’idéologie qui l’accompagne, dont la « professionnalisation », comme rationalisation et dépolitisation, en est le cœur
  • enfin, l’échelle micro des trajectoires individuelles, et de la construction de carrières combinant et opposant militantisme, bénévolat, professionnalisme, et bouleversant les relations de pouvoir et la position des individus dans le champ associatif et dans le champ du pouvoir.
Interactions ONG-Bailleurs

Le fil conducteur est la question du rôle des bailleurs de fonds, des interactions ONG-Bailleurs, et des implications de leur poids croissant dans la définition des objectifs de l’action de ces ONG, qui se traduit pas une « injonction à la professionnalisation », synonyme de « rationalisation », dont le poids se fait sentir dès les années 1980 et qui deviendra très largement hégémonique après Oslo.

La thèse s’est donc déployée en trois grandes parties, traitant successivement de l’association comme organisation, du projet (et des réseaux sur lesquels il s’appuie), et la des trajectoires d’engagement.

La première partie discute l’émergence et l’évolution du monde associatif, à partir d’une interrogation sur la nature de l’intérêt collectif des associations, notion centrale pour comprendre le projet associatif. Cette évolution est illustrée à travers le cas des quatre associations, dont l’histoire s’enracine dans des périodes successives de l’histoire de la Palestine. Sbeih montre comment la dépendance financière à l’égard des bailleurs remplace progressivement, à partir des années 1980 et 1990, la dépendance à l’égard des partis et organisations politiques, modifiant radicalement le rapport au politique.

Il introduit le concept de « champ associatif », inspiré par la théorie du champ de Bourdieu, dont l’analyse complète celle de l’organisation du travail associatif. Ce choix conceptuel lui permet d’inscrire le changement au sein des associations dans le contexte plus large des mutations du monde des ONG. Il met en évidence la mutation dans le système de valeur dominant dans ce champ, opposant capital militant et capital professionnel, et la position du champ associatif dans le champ du pouvoir, en tension entre champ économique et champ politique. Cette distinction lui a offert un fil conducteur tout au long de la thèse, et ce, jusqu’à l’analyse du devenir professionnel et militant de ses acteurs associatifs, dans la dernière partie.

Dans les chapitres suivants est mis en évidence, suite à l’afflux des financements extérieurs, le basculement d’une dépendance à l’égard du politique vers un autre type de dépendance à l’égard des bailleurs et des nouvelles normes gestionnaires imposées par les bailleurs.

La seconde partie situe cette évolution au niveau de l’espace social, et analyse la montée en puissance de ce que l’auteur nomme le « monde du développement » (en s’inspirant de Boltanski), dont les deux piliers pratiques sont le travail par projet et le fonctionnement en réseau (réseaux institutionnalisés dans les « grandes structures », et réseaux personnels débordant ces structures dans le champ du pouvoir, s’inscrivant par ailleurs à l’international). Ce monde du développement s’appuie sur une rhétorique de la rationalité gestionnaire qui dépolitise l’action. Fondée sur l’intériorisation des normes et la mise en place de dispositifs d’évaluation, la professionnalisation apparaît ici au cœur de la logique et de l’« esprit » de ce monde. Bien plus, s’inspirant de Boltanski, Sbeih montre que la force du discours de justification du monde du développement réside dans sa capacité à intégrer une « critique correctrice », face à laquelle la « critique contestataire » est impuissante et n’a d’autre choix que de s’exclure du nouveau monde en construction.

L’analyse que Sbeih propose ici des « grandes structures », ou méga-ONG fédérant d’autres ONG autour d’un projet, constitue un autre apport original et stimulant de ce travail, lorsqu’il montre l’institutionnalisation de la logique de réseau et son articulation à celle du projet poussée à la limite : l’exemple du NGO Development Center (NDC), « projet de la Banque Mondiale », qui n’est rien d’autre qu’un projet de mise en réseau d’acteurs et d’organisations sans contenu d’action concrète, révèle l’emballement de cette logique gestionnaire de projet. De même, l’analyse de la mise en œuvre du projet et des relations entre bailleurs et bénéficiaires met en lumière une « individualisation » de ces derniers coupée de la réalité sociale, et un aveuglement remarquable vis-à-vis de cette réalité.

L’articulation des réseaux institutionnalisés dans les grandes structures et des réseaux personnels de pouvoir, l’internationalisation de ces réseaux, le rôle du NDC vont dans le sens de la mise en place d’une gouvernance internationale palliant l’absence d’État, et contournant l’option de construction d’un État.

La troisième partie montre comment les processus analysés dans les deux précédentes se traduisent dans les histoires de vie des individus engagés dans l’action au sein des associations devenues ONG. Elle met en évidence des mécanismes d’ascension et de promotion dans le monde du développement, ou de déclassement et de marginalisation, selon le degré d’adhésion au modèle « universel » de « professionnalisation » qui y est promu. Plutôt que de se limiter à l’observation des stratégies des individus, l’auteur les inscrit fortement dans le basculement des valeurs et des hiérarchies qu’il a observées précédemment. Ceux qui adhèrent aux valeurs du monde du développement peuvent ainsi devenir de « grands professionnels du développement », tandis que la profession emblématique y est désormais celle de développeur. Mais la conversion est plus ou moins aisée selon le type de capital dont disposent les individus : le capital militant se transforme en handicap, et ceux qui font le choix de la critique contestataire se placent volontairement hors du monde du développement, et en marge du champ associatif, désormais dominé par les développeurs.

Conclusion

Ainsi, l’approche microsociologique, au niveau des individus, l’analyse de leurs trajectoires militantes et professionnelles, au sein du monde associatif, des déclassements et reclassements relatifs de leurs positions dans la hiérarchie du monde du développement, éclairent-elles les processus observés au niveau de l’association ou plus largement du monde du développement et du monde social.

Après avoir montré l’enjeu (et la complexité) du processus de professionnalisation au niveau du travail des associations, puis son contenu idéologique dans le monde du développement, Sbeih met en évidence sa traduction dans les trajectoires de ses acteurs, et dans l’évolution de leurs positions dans le champ associatif et dans le champ du pouvoir.

L’originalité et l’apport de cette thèse résident tant dans le fait de prendre au sérieux la professionnalisation d’un point de vue sociologique, que dans la capacité à articuler l’analyse aux différentes échelles, et dans l’effort de théorisation déployé. En amont des effets de l’occupation israélienne, est mis en évidence un mécanisme par certains aspects infiniment plus lourd, parce qu’invisible, de domination et de délégitimation de la lutte nationale.

Bibliographie
    • Abu-Sada C., (2013). ONG palestiniennes et construction étatique : L’expérience de Palestinian Agricultural Relief Committees (PARC) dans les TPO, 1983-2005. Beyrouth: Presses de l’Ifpo.
    • Salingue J., (2015). La Palestine des ONG. Entre résistance et collaboration, Paris : La Fabrique.
    • Sbeih S., (2014) La professionnalisation des ONG : entre logique d’engagement et pression des bailleurs de fonds, Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines (téléchargeable sur : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01220122)

 

Pour citer ce billet : Élisabeth Longuenesse, « Palestine, le rôle des ONG en question : De la portée théorique et politique d’une recherche », Les Carnets de l’Ifpo. La recherche en train de se faire à l’Institut français du Proche-Orient (Hypotheses.org), le 22 juillet 2016. [En  ligne] http://ifpo.hypotheses.org/7348

Élisabeth Longuenesse a été directrice du Département scientifique des Études contemporaines de l’Ifpo (2009-2013). Elle est depuis membre du Laboratoire Printemps, à l’Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines. Sociologue, spécialiste des questions du travail et du syndicalisme au Proche-Orient, elle est impliquée dans une réflexion sur la traduction en sciences humaines et sociales, en coopération avec Transeuropéennes.

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De retour de mission… Faïlaka au Koweït (4). L’établissement hellénistique

1 July, 2016 - 12:40

Depuis 2011, nous menons nos recherches sur l’établissement hellénistique de Tell Sa‛id établi sur la côte sud-ouest de l’île de Faïlaka-Ikaros afin, d’une part de préciser sa chronologie, depuis sa création jusqu’à son abandon (3e s.-1er s. av. J.-C., voir la bibliographie), mais aussi d’étudier ses fortifications et sa circulation interne pour appréhender son fonctionnement à ses différentes périodes. Enfin, l’avancement de nos recherches nous a amenés à nous interroger sur les raisons de son implantation dans ce lieu. Pour y parvenir, nos travaux se concentrent sur la fouille archéologique, l’analyse stratigraphique (incluant les sondages non publiés par les précédentes missions qui ont en partie fouillé le site de 1958 à 2009), la mise en relation des différentes constructions du système défensif et des voies de circulation, l’étude du matériel et l’étude des archives des anciennes missions.

Les quatrième et cinquième campagnes se sont déroulées du 14 octobre au 29 novembre 2014 et du 6 octobre au 5 décembre 2015 ; la dernière campagne ne nous a pas permis d’achever nos travaux de terrain, en raison de violentes intempéries survenues de manière répétée.

Secteurs concernés par la fouille en 2014 et 2015, dessin M. Gelin sur un plan J. Humbert, O. Callot, T. Fournet, E. Laroze © MAFKF.

Le système défensif

L’étude des fortifications, développée depuis 2007, est fondamentale à l’avancement de notre connaissance de la chronologie et de la vie de l’établissement. Malheureusement, les murailles ont été dégagées vigoureusement par les missions précédentes et rares sont les parties offrant encore de la stratigraphie en place. À partir de 2009, nous avons décidé de porter nos recherches à la fois sur un secteur, au nord-ouest, nécessitant un travail sur le long terme (A1 Nord), ainsi que sur des secteurs (C1 à C8) dont l’étude, plus limitée en surface et en temps, implique cependant un travail fin et rigoureux.

Secteur A1 Nord en 2015, fosse-dépotoir avec jarre contenant un squelette de nouveau-né ; à droite, le rempart du 1er état, vue vers l’est © MAFKF.

Dans le secteur A1 Nord, une grande tranchée stratigraphique a été ouverte entre les deux remparts nord, le premier marquant la limite de l’implantation originelle, le second consacrant une extension. Avec la précédente mission française (dir. O. Callot et J.-F. Salles-CNRS), M. Gelin a débuté cette recherche dès 2007 et 2008 ; A. Deeb (DGAM de Syrie) l’a poursuivie en 2009. Depuis 2011, les principaux objectifs sont de comprendre les relations entre les deux murailles mais aussi avec le système défensif lié au premier rempart (mur de chicane et tour 2 défendant la porte nord) et une grande plateforme aménagée le long du deuxième rempart.

B. Couturaud, en charge de l’étude du secteur depuis 2012, a montré la complexité des nombreuses étapes qui se sont succédé et en a précisé la chronologie générale. Notamment, en 2014 la destruction du premier rempart nord a été définitivement caractérisée et une correspondance directe a pu être établie avec la mise en place de la grande plateforme ainsi qu’avec la destruction de la pièce A1 Sud. En 2015, le point clef de la chronologie du système défensif lié au premier rempart a été abordé. Cette étude a été l’occasion de la découverte d’une jarre contenant un squelette de nouveau-né, étrangement abandonnée dans une fosse-dépotoir.

Secteur C8, la tour 7 à la fin de la campagne 2014, photo H. Al Mutairi © DAMK.

Le travail mené sur la tour d’angle sud-ouest (secteur C8) s’inscrit dans la reprise de l’étude systématique des fortifications, entreprise depuis 2009 par J.-M. Gelin. En dépit de dégagements préliminaires non publiés, menés par les missions danoise et grecque, cette tour conservait une partie de la stratigraphie de son occupation (intérieur de la tour, passage d’accès, mur sud), depuis sa construction jusqu’après son abandon. En 2014, J.-M. Gelin a pu montrer que cette étude contribuait à la connaissance, non seulement de l’ensemble de l’établissement car elle permettait d’éclairer les occupations postérieures à l’usage militaire de la tour, mais aussi de celle du secteur avant l’arrivée des Grecs car il s’y trouve une occupation antérieure au premier établissement hellénistique. De plus, les caractéristiques architecturales de l’édifice apportent un atout supplémentaire à l’étude des murailles : une partie de son élévation en briques crues a pu être préservée ainsi qu’un renfort externe en briques crues et, en 2015, une phase de reconstruction a pu être mise en évidence.

L’occupation et la circulation internes

Les chantiers A2 Ouest et A2 Est ont été établis à l’intérieur du premier établissement, l’un face à la tour 2, l’autre face à la porte du rempart nord. Dans le but de retrouver les relations stratigraphiques entre le système défensif, l’occupation interne de l’établissement et les voies de circulation, ces deux chantiers étendent les limites d’anciens sondages de la mission danoise (non publiés), profonds au-delà de la fondation du rempart.

Secteur A2 Ouest, détail de la stratigraphie, vue vers le sud-ouest © MAFKF.

Le chantier A2 Ouest, débuté en 2009 par M. Gelin et poursuivi en 2013 par R. Khawam, a été achevé en 2014 par J.-M. Gelin, M. Gelin et Y. Thomas. Son étude a permis de retrouver les niveaux liés aux débuts de la forteresse, dont un sol blanc qui peut être associé à ceux mis au jour en 2011 sous les tours 2 et 3 et, en 2015, en A2 Est et à la tour 7, correspondant très probablement à la mise en place d’un nivellement général de la première forteresse. En outre, il semble que, peu après la construction des fortifications, un bâtiment est venu s’appuyer contre le rempart, rendant impossible toute circulation le long de cette muraille occidentale.

L’étude du secteur A2 Est a été poursuivie par M. Gelin. Dans la voie principale nord-sud, plusieurs sols ont été mis en évidence, appartenant à la première période et immédiatement postérieurs à la construction du rempart. Ils ont été percés par un petit canal parallèle à la rue qui débouchait au nord-est à l’extérieur de l’établissement. Dans la partie orientale du chantier, les vestiges de deux maçonneries en briques crues partiellement détruites par l’ancienne fouille (partie d’un édifice probablement lié au premier établissement et possible escalier), posent la question de la circulation le long du rempart vers l’est. Les destructions dues à l’ancienne excavation nous empêcheront probablement d’y apporter une réponse ferme.

L’implantation de la première forteresse : le secteur du puits (secteur F)

Le puits établi au sud de l’établissement hellénistique et daté antérieurement de l’âge du Bronze, était considéré comme la raison de l’implantation grecque en ce lieu. Sa fouille et celle du secteur environnant par de précédentes missions (danoise, américaine, koweïtienne), non publiées, ont créé une grande tranchée qui fait courir le risque aux maçonneries voisines de s’écrouler. En 2012, préalablement à la stabilisation des maçonneries en danger et au rebouchage d’une partie de l’ancienne fouille, l’étude par J. Abdul Massih a permis de montrer que le puits avait été recouvert par une épaisse couche de terre que nous avions alors interprétée comme une possible accumulation d’usure de constructions préalables à la venue des Grecs.

Secteur F, dépôt de fondation sous un mur de la première période, vue vers l’ouest © MAFKF.

En 2014, M. Gelin a poursuivi l’étude du secteur et il est apparu que cette couche a en fait été volontairement installée par les constructeurs grecs, au moment même où le nivellement général de la place forte était mis en place. La question de la raison de l’implantation de la forteresse sur cette partie de l’île continue donc à se poser, et nous espérons, dans un avenir proche, pouvoir développer nos recherches dans le secteur des temples pour tenter d’y répondre.

Par ailleurs, bordant à l’ouest la voie principale nord-sud, un mur de la première période d’occupation, en briques crues sur base de pierre, recouvrait un dépôt de fondation comprenant un petit autel en pierre. Au-dessus, dans l’axe de la voie N-S, se succèdent les niveaux de circulation, eux-mêmes recouverts par un habitat dont la mise en place tardive a condamné le passage.

L’étude du matériel

C. Durand s’est concentrée sur le matériel céramique découvert en 2011 dans la pièce A1 Sud (ensemble clos géographiquement et chronologiquement), associé à une phase intermédiaire de la vie de la forteresse qui peut être reliée aux étapes définies en A1 Nord. Par ailleurs, elle a repris une étude antérieure de la poterie découverte en 2008, associée aux niveaux actuellement fouillés en A1 Nord.

L. Contant a entrepris les prémices d’une étude des figurines en terre cuite découvertes à la forteresse depuis le début de sa fouille, accédant au matériel conservé au Musée National de Koweït.

La préservation du site

Depuis 2014, nous avons choisi de nous concentrer uniquement sur les secteurs fouillés par nous à partir de 2007. E. Devaux, en charge du programme de préservation et de présentation du site depuis 2013, a appliqué un programme comprenant à la fois des consolidations de maçonneries, des rebouchages de sondages, des protections contre les ruissellements des eaux et de nos secteurs en cours de fouille ; l’étude sanitaire du site a été poursuivie. Par ailleurs, divers tests de techniques et de matériaux ont été appliqués, dans l’optique de les étendre à une plus grande échelle si les résultats obtenus s’avèrent positifs après une exposition aux éléments naturels. En parallèle, la formation d’ouvriers à la préservation du site a été mise en place. Enfin, le recours à une pelle mécanique a permis de dégager une partie des déblais de fouille accumulés à proximité du site.

Conclusion

Les campagnes de 2014 et 2015 ont été particulièrement riches d’informations, notamment concernant les différentes phases de l’établissement hellénistique et, sur l’ensemble des chantiers, les niveaux atteints nous permettent déjà de répondre à de nombreuses questions concernant le système défensif dans son premier état. Nous espérons en 2016 achever nos chantiers et répondre aux questions laissées en suspens.

Bibliographie
  • Gelin M., « De retour de mission… Faïlaka au Koweït » (1) http://ifpo.hypotheses.org/2908, (2) http://ifpo.hypotheses.org/4929 et (3) http://ifpo.hypotheses.org/6123.
  • Devaux E., « Préservation de la forteresse hellénistique de Faïlaka : premiers pas et solutions d’urgence », Les Carnets de l’Ifpo. La recherche en train de se faire à l’Institut français du Proche-Orient (Hypotheses.org), 23 octobre 2014. [En ligne] http://ifpo.hypotheses.org/6231

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Depuis la création de la mission en 2011, les implications respectives de l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo), du National Council for Culture, Arts and Letters (NCCAL) et du Department of Antiquities and Museums du Koweït (DAMK), de l’ambassade de France et de l’Institut français à Koweït, ainsi que, depuis 2012, l’aide apportée par Total Koweït et la Fondation Total, ont été décisives pour permettre à la mission d’exister et de travailler dans les meilleures conditions possibles ; nous remercions vivement l’ensemble de ces partenaires

Soutiens de la mission archéologique koweïto-française de Faïlaka Autorités scientifiques de tutelle
  • Kuwaiti National Council for Culture, Arts and Letters (http://www.nccal.gov.kw), direction de la partie koweïtienne de la mission : Ing. A. Al Youha, Secrétaire Général, S. Duwish, directeur du DAMK.
  • Département koweïtien des Antiquités et des Musées.
  • Institut français du Proche-Orient (http://www.ifporient.org), direction de la partie française de la mission : E. Kienle, Directeur de l’Ifpo, représenté par J. Bonnéric, chercheuse associée.
Soutien français au Koweït Mécénat Participants à l’étude de l’établissement hellénistique en 2014 et 2015
  • Gelin Mathilde, responsable scientifique,  archéologue, chercheuse CNRS (occupation et circulation internes/A2 Est et A2 Ouest ; première phase de l’établissement/F), 2014-2015.
  • Al Mutairi Hamed, responsable des sites archéologiques et de la prospection, DAMK (photographie aérienne), 2014-2015.
  • Alpi Frédéric, directeur du département Archéologie et Histoire de l’Antiquité, Ifpo (épigraphie), 2014-2015.
  • Al Saei Talal, directeur des Musées, DAMK (gestion des objets), 2014-2015.
  • Al Tamimi Anwar, archéologue, DAMK, 2015.
  • Clerc Julie, archéologue (relevés de terrain), 2014.
  • Contant Louise, étudiante (figurines en terre cuite), 2015.
  • Couturaud Barbara, archéologue (système défensif/A1 Nord), 2014-2015.
  • David Hélène, dessinatrice (matériel archéologique), 2014-2015.
  • Devaux Emmanuelle, architecte, Ifpo (préservation du patrimoine bâti), 2014-2015.
  • Durand Caroline, chercheuse Ifpo (céramologie), 2014-2015.
  • Gelin Jean-Michel, archéologue (système défensif/tour 7 ; phasage/A2 Ouest), 2014-2015.
  • Humbert Jean, dessinateur (relevés de terrain), 2014-2015.
  • Thomas Yohann, archéologue INRAP (occupation interne/A2 Ouest), 2014.
Pour citer ce billet : Mathilde Gelin, « De retour de mission… Faïlaka au Koweït (4). L’établissement hellénistique », Les Carnets de l’Ifpo. La recherche en train de se faire à l’Institut français du Proche-Orient (Hypotheses.org), le 1er juillet 2016. [En  ligne] http://ifpo.hypotheses.org/7321

Mathilde Gelin est archéologue, chercheuse au CNRS (ARSCAN – Archéologie et Sciences de l’Antiquité – UMR 7041, Maison de l’Archéologie et de l’Ethnologie, Nanterre). Elle est responsable de l’étude de la forteresse hellénistique de Faïlaka-Ikaros.

Page personnelle et bibliographie : http://www.ifporient.org/mathilde-gelin

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